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Article - La Corse à la télévision des origines à nos jours (les années 50/60)

Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2012

« Les premières années de la télévision, jusqu’à la fin des années 1960, ne laissent que des bribes d’images derrière elles » [1].

La télévision met du temps à s’installer et à entrer dans les mœurs. Celle-ci ne se met en place qu’à la Libération, en 1946. La Corse est l’une des dernières régions à bénéficier de la télévision, même si elle fait partie de l’espace PACAC (Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse). Elle cumule de sérieux retards. En effet, jusqu’en 1958, où la RTF(Radio Télévision Française) construit les premiers émetteurs, l’île ne reçoit que les images de la télévision italienne. Et il faudra du temps pour que l’île possède des téléviseurs. En 1963, l’île les espère encore dans ses écoles [2]. Le problème de la réception, à proprement parler, reste une constante. En effet, du fait de son relief, l’île reçoit mal, durant des années et même parfois encore aujourd’hui, la télévision.

Une longue implantation du média. Questions d’identités : télévision nationale et régionale

A ces handicaps au niveau de la réception et de l’équipement, s’ajoute une très faible couverture médiatique. Seulement quelques magazines nationaux et régionaux traitent dela Corse. 

« Donnez la parole aux Corses, aux Niçois. Marseille, la Grecque, ne peut prétendre être toute la Provence, plus latine, plus terrienne, moins marchande. A l’intérieur de la région, on retrouve les relations centre périphérie que cette périphérie supposée homogène dénonçait : c’est Nice dénonçant Marseille, la Corsedénonçant Marseille plus fort encore, et les villages dénonçant Marseille. Ainsi lorsque la télévision fait son apparition à Marseille, elle doit couvrir un espace considérable, de Montpellier à Nice en englobant les Alpes-de-Haute-Provence et la Corse, d’où une difficulté à projeter une image acceptable de la région » [1].

« La télévision des Trente Glorieuses s’affirme simultanément comme un laboratoire de la modernité et un lieu de mémoire. En parcourant le territoire elle révèle les identités personnelles et collectives, travaille les registres des émotions » [2].  Cette vision sans concession est qualifiée bien souvent dans la presse régionale française de « parisianiste ». Cependant, pour les régions, la conséquence de ce regard « parisianiste » apparaît être un amoindrissement de leur personnalité locale. On a, en effet, affaire à une télévision très centralisée qui méconnaît les régions qui l’entourent et cela s’en ressent au niveau du traitement médiatique.

La Corsen’échappe pas en effet à ce processus. Les émissions qui ont cours jusqu’à la fin des années 1970 évoquent une culture corse « folklorique » peut-être un peu désuète. Le chant corse, c’est Tino Rossi médiatisé en 1964 dans 5 Colonnes à la Une, l’histoire de l’île, elle, se confond avec celle de la famille Bonaparte. On peut citer en exemple le magazine, Les bonnes adresses du passé, la Corsedes Bonapartedu 20 avril 1969, présenté par Alain Decaux [3].

Revenons sur cette émission qui n’échappe pas aux poncifs. Celle-ci est tournée sur place à Ajaccio, dans la maison Bonaparte : « C’est là que tout a commencé ». Mais surtout, le fait de tourner en Corse est justifié par l’envie d’évoquer un moment méconnu de l’épopée napoléonienne, soit la fuite de la famille Bonaparte qui s’était opposée aux paolistes à la fin dela Révolutionfrançaise. On suit, donc à travers le maquis, les étapes de ce départ vers le continent. Outre cette anecdote historique, Alain Decaux veut montrer l’omniprésence de Napoléon dans l’île. Il recense, comme cela a été d’ailleurs fait dans de nombreux documentaires, l’ensemble des rues ajacciennes portant un nom qui a trait à l’histoire napoléonienne. Mais cette émission sert aussi de prétexte pour développer une certaine image de l’île. Ainsi, Alain Decaux, évoquant la vie politique en Corse sousla Révolutionfrançaise, effectue une comparaison des plus hasardeuses avecla Corsedes années 1960 : « Les campagnes électorales en Corse, mon Dieu, on sait comme j’aime les Corses mais on sait tous aussi comme cela se passe. Napoléon est élu grâce à toutes ces triches».

L’émission se conclut aussi sur le fait qu’à cause des défauts des insulaires rien n’est possible dans l’île : « Napoléon quitta cette île où rien n’était possible ! Il partit pour ce continent où devait s’accomplir la plus extraordinaire des existences » [4]. Une vision bien pessimiste de la Corse qui semble s’imposer durablement.

[1] J. Bourdon, C. Méadel,Une identité introuvable : la télévision régionale en France, op.cit., p.17.

[2] J. Bourdon, in « Télévision et espace régional : politiques, productions, représentations (1949-1997) »,Aix-en-Provence,les 25-26-27 septembre 1997, p.21.

[3] M. Crivello-Bocca, « L’écriture de l’Histoire à la télévision, la mobilisation des consciences :La Caméra explore le temps (1956-1966) », in M-F. Lévy (dir.),La télévision dansla République. Les années 50, INA, Paris,1998 op. cit,p.90.

[4] Idem.

[1] J-N. Jeanneney (dir.),L’Echo du siècle, dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Hachette Littératures, Paris, 2001, p.696.

[2] Idem.

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