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VOUS ÊTES ICI : ACCUEIL HISTOIRE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (1914-1918) COMMENT LA CORSE A ÉTÉ FÊTÉ L'ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE

Comment la Corse a été fêté l'Armistice du 11 novembre

Dernière mise à jour de cette page le 27/01/2013

Rencontre avec Petru D’Orazio, professeur d’histoire et responsable du Service Educatif des Archives de La Corse-du-Sud.

Comment a été vécu l'armistice en Corse ?

Avec une collègue, Anne-Marie Albertini, nous avions réalisé en 1998 une étude sur « La Corse et les Corses en 1918 » à l’occasion du 80ème anniversaire de l’armistice pour le Service Educatif des Archives Départementales de la Corse-du-Sud. Travail que l’on retrouve sur le site du rectorat de la Corse. Aussi pouvons-nous répondre précisément !

La onzième heure du onzième jour du onzième mois de 1918, les canons se sont tus, mettant fin à ce qu’on allait appeler la « Grande Guerre ». Comme dans toute la France, l’annonce de l’armistice fut accueillie en Corse avec soulagement, fierté et joie ; même si l’allégresse était assombrie par le souvenir des morts. Le Colombo, quotidien ajaccien, fut le premier des journaux locaux à annoncer le cessez-le-feu, information qui fait la une de son édition du 11 novembre. Dès que la nouvelle se répand à Ajaccio, la population laisse éclater sa joie : attroupements dans les rues, coups de feu, façades pavoisées, chants patriotiques, cloches des églises sonnant à toute volée. A 11 heures, moment où les hostilités cessent officiellement, 21 coups de canon sont tirés à la citadelle ; un cortège conduit par les autorités et suivi par la foule parcourt les rues de la ville, après que le préfet eût déposé une gerbe au cimetière, à la mémoire des soldats Corses morts au combat ; le soir, un Te Deum est chanté à la cathédrale. Comme Ajaccio, toute la Corse célèbre l’événement et manifeste sa joie de voir le cauchemar prendre fin. La Jeune Corse du Lundi 11 novembre et Mardi 12 novembre 1918 titre sur trois colonnes : « L’Armistice est signé ». Elle parle de grandioses manifestations : « dès hier soir - par quelles voies mystérieuses, on ne sait ! - la nouvelle se répandait de la cessation des hostilités. A dix heures, une manifestation parcourait déjà les rues,(...) des centaines de coups de feu étaient tirés, (...) des personnes blessées ! ». Hommage à Clemenceau, au Maréchal Foch. Exhortation à l’union pour réussir la paix... Le Petit Bastiais du mardi 12 novembre 1918 titre sur cinq colonnes : « L’Entente accorde un armistice à l’Allemagne ». Il évoque « La fête de la Victoire à Bastia » : « La joie dans tous les coeurs (...) Toutes les cloches sonnent à toute volée. Tous les édifices pavoisés (...) Défilé aux sons de la Sambre et Meuse et Chant du Départ (...). c’est la fête des Nations, la fête des Peuples libres. Les 10 000 personnes rassemblées écoutent les vibrants discours patriotiques ».

Une anecdote particulière ?

Comme Pierre-Auguste Trébuchon, une estafette de l’armée française qui sera le dernier tué, dix minutes avant le clairon de l’armistice, la Corse connaîtra des cas aussi amers. Ainsi l’exemple d’Archange Fabiani disparu la veille de l’Armistice (cas relaté par Paul Silvani – La Corse : novembre 1993). Né le 18 décembre à Bocognano. Orphelin, élevé par la soeur de son père, il s’engagera dans l’armée. Dès 1914 il sera au front. En 1917, le 17 novembre, devenu Maréchal des Logis, il obtint son brevet d’aviateur militaire. Ayant permis des réglages précis de l’artillerie, grâce à ses missions d’observation en tant que pilote à l’escadrille Salm. 74, il fut cité à l’ordre du Régiment le 15 juin 1918. Il s’apprêtait à être démobilisé... Le 10 novembre son avion s’écrasa quelque part dans les Flandres. Dans l’allée centrale de l’ancien cimetière des Sanguinaires, il y a une tombe qui porte son nom ... mais elle est vide. Evoquons aussi le Souvenir de Paul-François Grossetti, originaire de Grosseto-Prugna, élève du Fesch, s’illustrant à la bataille de la Marne en septembre 1914. (documents Musée A Bandera).

Y a t il un lien entre entre la fête des morts et la Guerre 1914-1918 ?

Effectivement l’Etat a décrété fériée la fête de la Toussaint pour « célébrer les mémoires des soldats morts pour la patrie ». La fête des morts vieille d’un millier d’années a été ensuite validée, en 1915, dans le calendrier de l’Eglise universelle. Il est vrai que la Toussaint (fête de tous les saints) est confondue aujourd’hui avec la fête des morts. Le 11 novembre 1920 : le soldat inconnu est installé sous l’Arc de triomphe. Le 11 novembre 1921 devient jour férié.

Comment a-t-on honoré le souvenir des disparus ?

La France va se couvrir de monuments aux morts, transformant des millions de deuils d’affaires privées en une affaire d’État. En 1919, une polémique dramatique opposa les tenants de l’exhumation, qui voulaient retrouver leurs morts et les honorer dans leurs cimetières familiaux, et ceux qui estimaient plus juste de les laisser reposer sur les champs de bataille. Dans la zone des combats, certains allaient jusqu'à affirmer que les obus éclatant et blessant des passants étaient la vengeance des morts non encore ensevelis ! Telle mère insiste sur la réunion des familles au-delà de la mort : « ma seule consolation serait de pouvoir rassembler les restes dispersés de mes trois garçons, et qu’ils reposent tous ensemble dans le petit cimetière auprès de leur père qui dort heureux, lui, puisqu’il est mort avant d’avoir vu la guerre. Les savoir tous réunis, c’est tout ce que je demande. » Les monuments aux morts vont perpétuer le culte du souvenir ; ils sont suffisamment éloquents pour affirmer que la Corse a été un des départements les plus meurtris. Les Anciens combattants, unis par les épreuves communes endurées, se regroupent en associations, et se donnent la mission civique d’éduquer les générations montantes dans l’horreur de la guerre.

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