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Article - La Corse à la télévision des origines à nos jours (60/70)

Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2012

Dès le milieu des années 1960, les regards extérieurs posés sur l’île, à la fois par la télévision marseillaise et nationale, ne satisfont pas les téléspectateurs corses. Longtemps, du fait de problèmes de réception et de l’arrivée tardive de la télévision, les Corses ne se sont pas vus à la télévision. C’est à la création des magazines corses au début des années 1970 que s’élèvent les premières critiques contre la télévision. Les propos tenus à cette époque, du fait du climat général de contestation, semblent parfois violents.

Ainsi, en 1975, un téléspectateur anonyme met en cause violemment à la suite d’une interview, Jacques Linsky, responsable de FR3 qui répond aux calomnies dans le courrier des lecteurs du mois suivant : «  Nommément mis en cause dans votre numéro de mars, je vous serais obligé de signaler à vos lecteurs que les propos de "qui n'ose signer ses opinions", pas plus que la modestie des possibilités radio ou télévisées à notre disposition, ne sont susceptibles de nous décourager dans la tâche que nous poursuivons tous sans "mollesse" et sans doute dans la mesure de nos moyens » [1]. Parallèlement, le magazine Kyrn ne cesse de donner des mauvaises notes à cette antenne régionale qu’il juge inadaptée à la réalité corse : « 0/10 à Monsieur Rémi Champenois, directeur du BRI Corse de FR3, pour la médiocrité de la production radio télévisuelle dont il est responsable et pour le peu d'intérêt qu'il porte personnellement aux faits et hommes du pays » [2]. Les lecteurs du magazine ne sont pas plus tendres avec la télévision : «  Mlle Jacqueline Antoni, Ajaccio : "Un peu trop complaisant votre article sur la radio et la télévision en Corse. C’est plutôt moche en réalité. La radio, à part Aimé Pietri (rédacteur en chef du Kyrn), nous distille une monotonie quotidienne qui est véritablement attristante. Quant à la télévision, c’est tout simplement médiocre. Médiocre et quelquefois révoltant " » [3].

Les lecteurs se chargent de souligner, en plus de la « fadeur » de la programmation, tous les dysfonctionnements de cette télévision : « M. Daniel Ceccarelli, Limoges : " Vous parlez des zones d’ombre mais savez-vous qu’il y a beaucoup de localités autres que celles que vous citez qui ne peuvent capter aucune émission de télévision. Remarquez qu’elles ne perdent pas grand-chose. Surtout en ce qui concerne la télévision corse du vendredi (Vita Corsa). L’émission est imbuvable. Trop de folklore et de lèche botte" » [4].

Des propos parfois limites sont tenus contre ces émissions : « M. Santu Vignali, Orléans : " On parle de construire une maison de la radio à Ajaccio. Pour quoi faire ! Il serait nécessaire auparavant d’améliorer la qualité des émissions existantes que les nègres eux-mêmes refuseraient tant elles sont lamentables" » [5].

Au point, que de nombreux téléspectateurs aimeraient bien les voir disparaître de l’antenne : « Mme Anne-Marie Orsini, Bastia :"Vous avez mis 0/10 à Vita Corsa pour avoir pris des vacances au mois d’août. Elle devrait y rester sine die. Cette émission est une véritable offense à la Corseet il faut que les Corses soient vraiment braves pour la laisser diffuser sans protestation. D’ailleurs, Radio-corse ne vaut guère mieux. Ses émissions du matin sont d’une pauvreté qui prêterait à sourire s’il ne s’agissait pas d’un service public" » [6].

La plupart des téléspectateurs sont en attente de plus de liberté pour les journalistes et plus que d’actualité, de véritables programmes régionaux : « Pourquoi ne nous instruiriez-vous pas ? Pourquoi pas des chroniques d’histoire, de géographie, de sciences naturelles. Il y a là tout un réservoir dans lequel vous pourriez puiser indéfiniment… » [7].

Face à ces premiers mécontentements, les responsables de l’ORTF (Office de Radio Télévision Française) commencent à se préoccuper de la Corse. Le1er septembre 1965, la Corse reçoit la visite du directeur général adjoint de l’ORTF, André Astoux. Malheureusement, tout au long des années soixante, l’ORTF déploie des efforts qui demeurent en deçà des attentes, malgré la création du magazine hebdomadaire culturel Magazine corse en 1969, d’une durée de 20 minutes dont le contenu reste peu défini puisqu’il rassemble les sujets les plus divers [8]. Ce magazine comporte alors surtout des reportages d’ordre folklorique ou culturel, tout en restant dépendant de Marseille.

Le 16 mars 1970, Robert Bellair, directeur de la station marseillaise de 1963 à 1977, annonce par lettre au préfet de Corse la prochaine visite du directeur général de l’ORTF pour discuter de « l’extension des programmes départementaux par l’installation d’un Centre d’actualités télévisées à Ajaccio » [9]. Il soutient quela Corse doit disposer de programmes spécifiques. Les émissions continentales ne satisfont pas la population. Mais les choses commencent à évoluer. Le journal de Marseille donne àla Corse une place plus importante. En 1972, les actualités provençales consacrent 15 à 20 minutes par mois à la Corse. Davantage présente à la télévision régionale marseillaise, des magazines régionaux s’intéressent aussi beaucoup à cette époque, à l’île. Ce regard extérieur au sein de l’espace télévisuel PACAC se révèle parfois plus pertinent que celui livré par les magazines corses des années 1970. La télévision marseillaise évoque alors cette actualité dont les Corses sont privés.

Les 5 et 6 juin 1972, enfin lors d’une réunion à Paris, des responsables de l’ORTF, envisagent la réalisation à terme de « 20 minutes quotidiennes (…) qui ne seront pas pour autant 20 minutes d’actualités, mais un rendez-vous quotidien pouvant comporter magazine, folklore, rediffusion de Marseille ou de Nice » : le Spécial Corse [10]. En 1975, une nouvelle étape est franchie avec la création duVita Corsa, bilingue et diffusé deux fois par semaine en français et en corse. Parallèlement, une cellule de montage et de mixage est installée à Ajaccio. Malgré ces avancées, les magazines restent diffusés et montés à Marseille.

Bouleversements nationaux : des conséquences régionales

En 1974, c’est la fin de l’ORTF. La loi du 7 août témoigne de la volonté de rupture du pouvoir. Le nouvel agencement du service public repose désormais sur l’installation d’unités indépendantes : TF1, Antenne 2, FR3... A partir de ce moment là, le traitement médiatique de l’espace région évolue : l’image dela Corsechange…

Par exemple, à partir des années 1970, apparaît une volonté de la part de la télévision nationale de comprendre le mouvement de réappropriation culturelle. L’émission la plus significative de cette période est le magazine Légendairede Pierre Dumayet qui réalise quatre émissions pour ce magazine sur la Corsedont Corse, le langage de la mémoire d'un peuple diffusé le17/08/1978 sur FR3 que nous évoquerons par la suite [11]. Ces émissions permettent de révéler au public les secrets de « l’âme corse » et de la « corsitude ». En parallèle, c'est avec la naissance de FR3 et de ses antennes locales que la télévision régionale peut enfin espérer accéder à une réelle identité. À partir du 6 janvier 1975, FR3 est à l’antenne et son PDG, Claude Contamine décide d’orienter la chaîne vers le cinéma (Cinéma de Minuit et Cinéma 16) puis en 1976 vers les débats et les décrochages régionaux. La Corse reste souvent la dernière pourvue comme peut en témoigner l’arrivée tardive de FR3 : «  Enfin la Corse desservie par la troisième chaîne. Si rien n’est venu interrompre le cours normal des choses, celle-ci rayonne sur l’île, plus exactement sur Ajaccio et Bastia » [12].

Un retard habituel selon la presse :

« Et puisque la troisième chaîne s’installe en Corse, profitons de l’occasion pour rappeler que ce n’est qu’en 1963 que la RTFs’est implantée en Corse et y installe un centre radio animé par un journaliste, un technicien et une secrétaire. Deux caméras muettes sont cependant confiées à deux correspondants chargés de couvrir l’actualité susceptible d’alimenter les informations régionales diffusées depuis Marseille. En 1965, Bastia reçoit à son tour une antenne radio avec un journaliste. En 1969, deux équipes sonores (une à Bastia, l’autre à Ajaccio) élisant domicile en Corse avec pour mission de produire un magazine télévisé hebdomadaire, monté et diffusé à Marseille, et ce n’est qu’en 1973 que la Corsereçoit une cellule de montage et mixage TV qui lui permet enfin de pouvoir " confectionner " sur place son produit. Quant à la réception, son amélioration n’est pas encore achevée » [13].

Cette installation est alors vue comme la promesse d’une amélioration de la qualité des images :

 « L'annonce de la création à Ajaccio d'une maison de la radio a été accueillie avec satisfaction par tous les insulaires. Cette maison dont le coût voisine le milliard (15,2 millions d’Euros) permettra l'amélioration de l'information télévisuelle dans l'île. Ainsi, les Corses pourraient bénéficier avant la fin de cette décennie d'un journal télévisé quotidien. Par ailleurs, l'arrosage de la région devrait être intégralement assuré, de sorte que les téléspectateurs corses pourront sans problème recevoir les 3 chaînes nationales. Pour l'instant, FR3 ne couvre toujours pas la Corse, 22 communes ne sont desservies que par TF1, 67% des communes de l'île reçoivent Antenne 2 dans des conditions plus ou moins bonnes, mais 98 communes ne reçoivent aucune de ces 2 chaînes » [14].

 Mais, malgré cette installation et la semaine de programmation qui devait marquer le grand lancement de la chaîne en Corse, en 1980, l’image reste médiocre :

« Une partie de la Corserecevra les émissions de FR3. Les deux départements corses ne sont pas, il s’en faut de beaucoup, parmi les mieux partagés de France au point de vue télévision. Certes, il existe et "Télé 7 jours Sud-est" en a présenté les grandes lignes un plan d’équipements qui devrait combler les graves lacunes subsistant dans le réseau TV de l’île de Beauté. Mais son exécution s’étendra sur plusieurs années » [15].

Ainsi, les stations régionales sont pourtant encore loin de connaître une réelle modernisation mais aussi une certaine décentralisation de leurs programmes avec autonomie de production. Concernantla Corse, comme nous l’avons déjà signalé, la décentralisation de la production n’est pas totale. Ce désir de créer sa propre télévision est rappelé à tous les instants par une génération de journalistes insulaires qui commence à émerger :

« Les membres de l'équipe doivent, dans la mesure du possible, avoir une connaissance correcte du pays. Précisons les choses; il ne s'agit pas seulement ici des journalistes, mais de toute l'équipe et, si connaître le pays signifie avoir connaissance de la psychologie, de l'histoire, de la géographie, des coutumes, des habitudes, cela ne veut pas dire respecter aveuglément toutes les déviances d'une société ou faire preuve d'une peur panique face à tous les tabous de cette société » [16].

 Pourtant à l’aube des années 1980, une nouvelle programmation annonce « le virage » que la télévision provençale et corse prend toutefois très lentement vers une reconnaissance linguistique et identitaire plus marquée. Le 6 juin 1978, Vita Corsa, cède la place aux premières émissions de télévision diffusées spécifiquement à partir dela Corse, en décrochage : deux magazines de 13 minutes programmés à 19h40 : le mercredi, en français,Corse 3,et le samedi, en corse Di Casa.  A l’inverse des précédents, les sujets des magazines sont montés en Corse même. On sent naître dansDi Casa e tCorse 3, une volonté de se réapproprier un regard sur l’île et sur sa réalité quotidienne.

[1] « Courrier des lecteurs »,Kyrn, avril 1975, p.68.

[2] Kyrn, novembre 1976, p.11.

[3] « Courrier des lecteurs »,Kyrn, décembre 1976, p.68.

[4] Idem.

[5] Idem.

[6] « Courrier des lecteurs »,Kyrn, décembre 1976, p.68.

[7] « Mlle Geneviève Giuliani, Courrier des lecteurs »,Kyrn, avril 1978.

[8] J. Bourdon, C. Méadel,les Écrans dela Méditerranée : Histoire d’une télévision régionale (1954/1994),op.cit, p. 150.

[9] Ibid., p.17.

[10] Idem.

[11] Idem.

[12] « Corse d’ici et d’ailleurs : Enfin la 3e chaîne ! »,la Méridionale, le 19/06/1977.

[13] Idem.

[14] Kyrn, Février 1976, p.8.

[15] Télé 7 jours, le 01/04/1980.

[16] Idem.

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