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Article - La Corse à la télévision des origines à nos jours (les années 90)

Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2012

En 1990, la nomination de François Werner permet de renouer avec la politique télévisuelle des années 1980. En 1993, France 3 Corse s’autonomise et devient une antenne régionale à part entière. René Siacci, directeur de la station, souhaite alors relancer une dynamique et ouvrir le champ de vision de la télévision corse àla Méditerranée. A l’antenne, alors, les choses évoluent très vite et, rapidement, de nouvelles émissions sont créées comme Territoire, Cuntrastu, ou Da Quì. Ce dernier, magazine en langue Corse lancé le 30 octobre 1993 et diffusé chaque samedi de 12h05 à 12h30 jusqu’à juin 1998, propose un regard renouvelé sur le territoire insulaire. Loin de l’univers de carte postale, il présente en majorité des paysages, mais encore des manifestations ou des personnages concernant l’ensemble de la région. Grâce à ce type d’émission, le lieu devient le réceptacle de l’identité. En utilisant la découverte de ces paysages, la télévision se réapproprie un imaginaire du territoire ancestral qui avait été jusque là dénaturé par le stéréotype.

Au niveau politique, le contexte difficile des affrontements entre nationalistes qui débute dans les années 1990 ne permet pas aux journalistes locaux d’offrir une analyse claire de la situation. Mais les émissions de débats sont bien présentes à l’antenne à l’instar de Cuntrastu, espace de 50 minutes qui permet de prendre du recul par rapport à l’actualité, lieu d’échanges et de débats. Il est une tribune libre en ces années de « guerre fratricide ». D’autres émissions de ce type vont rapidement voir le jour au milieu des années 1990, grâce à la volonté de Jean-Marc Leccia, notamment, qui souhaite toujours apporter une vision plus juste de l’île. On peut citer en exempleTerritoires, un magazine hebdomadaire de politique et de société qu’il présentera. Cette émission va tenter de donner une image objective de la société et du monde politique local de l’île malgré le contexte de violence accrue.

Le 18 mai 1992, François Werner (nouveau directeur régional) et Henri False (directeur délégué au développement régional de FR3) viennent en Corse négocier avec le personnel de la station, en grève depuis 15 jours. Ils sont séquestrés une nuit et une partie de la journée par « les grévistes » qui réclament, entre autres, la création d’une direction régionale et d’une cellule de production avec 36 emplois. Le 14 juin 1993, France 3 Corse devient une « direction territoriale » totalement autonome par rapport à Marseille. Ainsi, elle est  la 13ème région de France 3 qui possède une direction territoriale. C’est l’aboutissement d’une revendication portée depuis longtemps par le personnel et, sur la scène politique, par les nationalistes La Corse [1].

 La télévision s’impose dans le paysage culturel corse

La station régionale a pris une place importante dans la vie des insulaires : « Le premier septennat de Mitterrand s’est achevé le 8 mai. Le paysage culturel d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le désert de 1981. Le Statut particulier, l’ouverture de l’Université, la mise en place d’une politique hardie de l’audiovisuel avec notamment la création de RCFM qui diffuse aujourd’hui 18 heures de programmes par jour, l’existence d’une quinzaine de radios privées [2]. Le bilan est loin d’être négatif au regard de ce qui existait précédemment. Au milieu de ce septennat, la marche en avant a été stoppée par le PS lui-même (la DRAC, FR3, l’enseignement de la langue corse) et par l’arrivée de l’Assemblée de Corse d’une nouvelle majorité de droite, dressée puissamment sur les freins du conservatisme »[3].

D’autre part, nous souhaiterions souligner que malgré les handicaps de la télévision en Corse, les insulaires en sont de très grands consommateurs. Ils sont même très bien équipés : « La Corse est une des régions méditerranéennes les mieux pourvues en téléviseurs. Il y en a 27669 en Corse du Sud et 31963 en Haute Corse soit un total de 59632. A noter que les téléviseurs couleur sont plus nombreux que ceux en noir et blanc »[4]. En 1984, le pourcentage a augmenté : « 67% di i Corsi hannu una vittura, 88% una televisione, micca troppu miseriosi nò? (67% des Corses ont une voiture, 88% une télévision, ils ne sont pas trop miséreux, n’est-ce pas ?) »[5]. Un intérêt pour le petit écran, jamais démenti.

En 1990, c’est un Corse, Jacques Bastianesi qui devient rédacteur. La presse salue cette nouvelle : « Il fallait ici ou un continental de très grande valeur ou bien un Corse ayant la confiance et l’estime de ses camarades. Les expériences de l’après Sanguinetti ayant tourné court, il restait la solution corse. C’est elle qu’a enfin choisi la nouvelle direction de FR3. (…) Il a eu le temps de se familiariser avec les hommes et les techniques » [6]

La nomination d’un Corse paraît être, pour la presse, le gage du respect et de la diffusion de la culture corse : « Aujourd’hui, on attend de lui un nouveau souffle pour notre station régionale de service public, ce qui n’ira d’ailleurs pas sans d’autres moyens, de production notamment. Obtiendra-t-il aussi que les grandes émissions de FR3 Corse soient diffusées aux heures d’écoute, quitte à présenter ensuite l’émission programmée à 20h sur le plan national ? Une télévision régionale, c’est aussi cela… La promotion de Jacques Bastianesi fait plaisir à l’équipe de La Corse.AvecMarcel Bonavita qui dirige la station depuis 1988 et le nouveau rédacteur en chef, la télévision est désormais entre de bonnes mains »[7].

Une nouvelle dynamique va se mettre en place progressivement : «Il va falloir créer un projet rédactionnel. Pendant de trop longues années, nous nous sommes préoccupés de problèmes internes. Aujourd’hui, il va falloir oublier tout ça » explique Jacques Bastianesi. Des idées, les journalistes de la station en ont : « Je pense qu’il faudrait grouper les magazines quotidiens. Traiter un sujet de 50 minutes, Littoral, par exemple, qui enchaîne les images des côtes insulaires en plusieurs tranches de cinq ou sept minutes. Avec ces magazines quotidiens nous en sommes arrivés à gérer le quotidien » (8]. Outre des problèmes politiques, ce sont encore des problèmes de moyens qui freinent les initiatives : « Nos espaces temps ne correspondent pas à nos moyens, nous avons créé des magazines de production (Ciel la Corse, Résistance, Révolution, le SECB), avec les dispositifs initialement prévus pour l’actualité uniquement » [9], précise Bernard Dilasser journaliste.  Il faudra néanmoins attendre 1993 pour que cette autonomie soit enfin effective.

Une station régionale indépendante

En 1994, France 3 Corse connaît d’importantes évolutions structurelles. Son budget passe de 41 Millions de Francs (6,2 millions d’Euros) en 1994 à 73 Millions de Francs (11,1 millions d’Euros) en 1999, son personnel de 60 à 108 permanents à Ajaccio et à Bastia où de nouveaux locaux sont aménagés [10]. Le nouveau directeur tente de donner de l’île une image réaliste. En Corse, les professionnels cherchent à projeter une image plus juste de l’île en Corse mais aussi dans les régions limitrophes. A la fin des années 1990, s’instaurent entre les régions France 3 Méditerranée et France 3 Corse des regards croisés sur la culture et les communautés. Da Quì (1993) s’intéresse aux Corses de Marseille, Midi-Méditerranée (1993) consacre quelques numéros à l’île ainsi que Vaqui (1993), Enjeux (1992).

En 1994, le magazineMediterraneoconcrétise définitivement cette ambition, en programmant pour la première fois à l’antenne une émission surla Méditerranéeen coproduction avecla RAIet la télévision maltaise. A partir de 1995, France 3 Corse semble avoir trouvé ses marques : « L’année 1995 sera pour France 3 Corse, celle de la maturité » [11]. C’est cette constatation que fait le directeur territorial de France 3 Corse, René Siacci, dans la presse : « Depuis la création d’une direction territoriale en 1993, tout est entrepris pour gagner en autonomie, en créativité, en implication dans le tissu économique insulaire » [12]. Grâce à ses nouveaux programmes, sa nouvelle équipe, et surtout sa nouvelle indépendance on parle « d’une affirmation de l’identité de la station, de sa volonté d’être enfin adulte »[13].

De plus, la mise en place d’un centre de production permet désormais d’afficher une ambition de création régionale. Lors de ces dernières années, le documentaire s’est en effet imposé sur France 3 Corse. Mais cet espace de création et de promotion est menacé. Les temps d’antenne et les émissions font l’objet de bras de fer permanents entre la direction de France 3 et les antennes régionales.

La télévision est alors à cette époque, en pleine mutation puisque, depuis le début des années 1980, les chaînes nationales vont chacune promouvoir leur spécificité. En juin 1986, TF1 est privatisée. Pendant ce temps, les télévisions Canal + et la 5 sont créées. Chaque chaîne hertzienne offre une image de la Corse différente. Si TF1 et France 2 privilégient son actualité et la violence, sur France 3 le traitement médiatique de la Corse est tout autre. En effet, France 3 reste une chaîne généraliste à vocation nationale et régionale qui se différencie des autres chaînes en offrant davantage d'émissions culturelles, éducatives et régionales. Les cahiers des charges successifs de FR3 puis France 3 continuent à faire figurer la mission de contribuer « à l'expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain » [14]. Elle doit « privilégier l'information décentralisée et les évènements régionaux… » et faire connaître les régions de France et l'Europe en accordant « une large place à leurs spectacles vivants » [15]. Celle-ci traite certes de l’actualité dela Corse mais elle traite aussi de sujets divers. Ceux-ci évoquent plusieurs aspects de la vie et des réalités de l’île.

Ces dernières années, la médiatisation des régions apparaît sur d’autres chaînes. France 3 n’a plus l’exclusivité de l’information régionale (collaboration de TF1 et M6  avec des quotidiens locaux, reportages parfois moqués comme montrant le « terroir » pour le 13 heures de TF1, 6 minutes locaux sur M6). Pourtant au sein du PAF, l’image de la Corse à la télévision nationale s’est ternie. Il semble qu’une incompréhension se soit créée entre Corses et Continentaux liée à l’hypertrophie de cette image, développée par certains magazines. Outre France 3, des chaînes comme Arte et la 5ème, tentent de rompre avec un système de représentations foncièrement négatif de l’île en diffusant des documentaires et reportages différents. Ils proposent une image de l’île à part, parfois plus fouillée.

[1] G-M. Arrighi,Le Mémorial des Corses, chronique de fin de siècle, 1981-2000, SARL le Mémorial des Corses,  Ajaccio, 2001, p.188.

[2] Par exemple Radio Alta Frequenza créée en 1981.

[3] « Audiovisuel »,Kyrn, 20/05/1988.

[4] Kyrn, Octobre 1982, p.11.

[5] Kyrn, Février 1984, p.12.

[6] « Jacques Bastianesi, rédacteur de FR3 Corse »,La Corse, le 08/12/1989.

[7] Idem.

[8] « Voyage au centre de FR3 Corse »,La Corse-le Provençal, le 10/12/1989.

[9] Idem.

[10] J. Bourdon, C. Méadel,Les écrans dela Méditerranée,op. cit. ,p.192.

[11] Idem.

[12] Idem.

[13] Idem.

[14] Ibid.,p. 71.

[15] Idem.

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