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VOUS ÊTES ICI : ACCUEIL LITTÉRATURE ET BIBLIOTHÈQUES COLOMBA (L'OEUVRE INTÉGRALE) CHAPITRE 14

Chapitre 14

Dernière mise à jour de cette page le 23/11/2012

XIV

Saveria fut longtemps absente, et l'impatience d'orso était à son comble lorsqu'elle reparut enfin, tenant une lettre, et suivie de la petite Chilina, qui se frottait les yeux, car elle avait été réveillée de son premier somme.
“ Enfant, dit Orso, que viens-tu faire ici à cette heure ? ”
- Mademoiselle me demande ”, répondit Chilina.
“ Que diable lui veut-elle ? ” pensa Orso ; mais il se hâta de décacheter la lettre de Miss Lydia, et, pendant qu'il lisait, Chilina montait auprès de sa sœur.
“ Mon père a été un peu malade, monsieur, disait Miss Nevil, et il est d'ailleurs si paresseux pour écrire, que je suis obligée de lui servir de secrétaire. L'autre jour, vous savez qu'il s'est mouillé les pieds sur le bord de la mer, au lieu d'admirer le paysage avec nous, et il n'en faut pas davantage pour donner la fièvre dans votre charmante île. Je vois d'ici la mine que vous faites ; vous cherchez sans doute votre stylet, mais j'espère que vous n'en avez plus. Donc, mon père a eu un peu la fièvre, et moi beaucoup de frayeur ; le préfet, que je persiste à trouver très aimable, nous a donné un médecin fort aimable aussi, qui en deux jours, nous a tirés de peine : l'accès n'a pas reparu, et mon père veut retourner à la chasse ; mais je la lui défends encore. - Comment avez-vous trouvé votre château des montagnes ? Votre tour du nord est-elle toujours à la même place ? Y a-t-il bien des fantômes ? Je vous demande tout cela, parce que mon père se souvient que vous lui avez promis daims, sangliers, mouflons... Est-ce bien là le nom de cette bête étrange ? En allant nous embarquer à Bastia, nous comptons vous demander l'hospitalité, et j'espère que le château della Rebbia, que vous dites si vieux et si délabré, ne s'écroulera pas sur nos têtes. Quoique le préfet soit si aimable qu'avec lui on ne manque jamais de sujet de conversation, by the bye, je me flatte de lui avoir fait tourner la tête. - Nous avons parlé de votre seigneurie. Les gens de loi de Bastia lui ont envoyé certaines révélations d'un coquin qu'ils tiennent sous les verrous, et qui sont de nature à détruire vos derniers soupçons ; votre inimitié, qui parfois m'inquiétait, doit cesser dès lors. Vous n'avez pas d'idée comme cela m'a fait plaisir. Quand vous êtes parti avec la belle vocératrice, le fusil à la main, le regard sombre, vous m'avez paru plus Corse qu'à l'ordinaire... trop Corse même. Basta ! je vous en écris si long, parce que je m'ennuie. Le préfet va partir, hélas ! Nous vous enverrons un message lorsque nous nous mettrons en route pour vos montagnes, et je prendrai la liberté d'écrire à Mlle Colomba pour lui demander un bruccio, ma Solenne. En attendant, dites-lui mille tendresses. Je fais grand usage de son stylet, j'en coupe les feuillets d'un roman que j'ai apporté ; mais ce fer terrible s'indigne de cet usage et me déchire mon livre d'une façon pitoyable. Adieu, monsieur ; mon père vous envoie his best love. Écoutez le préfet, il est homme de bon conseil, et se détourne de sa route, je crois, à cause de vous ; il va poser une première pierre à Corte ; je m'imagine que ce doit être une cérémonie bien imposante, et je regrette fort de n'y pas assister. Un monsieur en habit brodé, bas de soie, écharpe blanche, tenant une truelle !.., et un discours ; la cérémonie se terminera par les cris mille fois répétés de vive le roi ! - Vous allez être bien fait de m'avoir fait remplir les quatre pages ; mais je m'ennuie, monsieur, je vous le répète, et, par cette raison, je vous permets de m'écrire très longuement. A propos, je trouve extraordinaire que vous ne m'ayez pas encore mandé votre heureuse arrivée dans Pietranera Castle.

“ LYDIA. ”“ P.-S. Je vous demande d'écouter le préfet, et de faire ce qu'il vous dira. Nous avons arrêté ensemble que vous deviez en agir ainsi, et cela me fera plaisir. ”
Orso lut trois ou quatre fois cette lettre, accompagnant mentalement chaque lecture de commentaires sans nombre ; puis il fit une longue réponse, qu'il chargea Saveria de porter à un homme du village qui partait la nuit même pour Ajaccio. Déjà il ne pensait guère à discuter avec sa sœur les griefs vrais ou faux des Barricini, la lettre de Miss Lydia lui faisait tout voir en couleur de rose ; il n'avait plus ni soupçons, ni haine. Après avoir attendu quelque temps que sa sœur redescendît, et ne la voyant pas reparaître, il alla se coucher, le cœur plus léger qu'il ne s'était senti depuis longtemps. Chilina ayant été congédiée avec des instructions secrètes, Colomba passa la plus grande partie de la nuit à lire de vieilles paperasses. Un peu avant le jour, quelques petits cailloux furent lancés contre sa fenêtre ; à ce signal, elle descendit au jardin, ouvrit une porte dérobée, et introduisit dans sa maison deux hommes de fort mauvaise mine ; son premier soin fut de les mener à la cuisine et de leur donner à manger.
Ce qu'étaient ces hommes, on le saura tout à l'heure.

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