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La Corse au XIVe siècle sous la domination d'Arrigo della Rocca et du roi d'Aragon

Dernière mise à jour de cette page le 17/07/2013

Arrigo della Rocca est l’arrière petit-fils de Giudice de Cinarca, et le fils de Goglielmo. On ignore l’année de sa naissance. Ce dernier est un homme de stature moyenne, plutôt costaud, bien en chaire, au « parler vif », courageux. Sans être beau et délicat, il n’est pas non plus rustre, comme Giudice. On le dit aussi habile, fin négociateur, bon orateur, calculateur et intelligent.

Il est envoyé par son père à Gênes, en gage de sa fidélité envers la Commune. En réalité, Arrigo est un otage. Certes, il est traité avec égard, mais il n’en demeure pas moins prisonnier des Génois, afin de garantir la fidélité de sa famille. Après la trahison de son père, Arrigo n’est plus un otage, mais un prisonnier. En 1356, et selon Giovanni della Grossa, Arrigo della Rocca parvient à s’enfuir, profitant des émeutes et du retour au pouvoir de Simon Boccanegra. Cette même année, il prend la mer, et rentre chez lui, en Corse, afin d’occuper le rang qui lui est dû : celui d’un seigneur corse. Comble de malchance pour le jeune homme, ce retour coïncide avec la grande révolte populaire portée par Sambucuccio d’Alando. Arrigo se lance dans la guerre afin de repousser cette fronde anti-seigneuriale, mais vaincu, il est contraint à un nouvel exil. Comme son père, il se tourne alors vers l’Aragon. Il séjourne en Catalogne, puis part en Sardaigne afin d’y faire la guerre pour défendre les intérêts du roi d’Aragon. Pour ce faire, il s’entoure de Corses, exilés comme lui.

Il s’illustre particulièrement dans cette guerre qui l’oppose aux rebelles sardes, et reçoit, en récompense, une rente du roi d’Aragon. Si Arrigo porte l’épée à l’étranger, il reste toutefois alerté de la situation en Corse, et ne cesse d’imaginer un retour triomphal. Il caresse le rêve de rétablir une seigneurie unique sur la Corse, et d’en chasser les Génois. En Corse, la situation est confuse. La peste, la famine et les querelles intestines font que la situation demeure incertaine. L’île est divisée en deux clans : les Caggionacci et les Rusticacci. Le gouverneur génois, Tridano della Torre, est dépassé par les événements. Tous les éléments sont réunis pour permettre un retour d’Arrigo della Rocca.

Giovanni della Grossa nous raconte le débarquement de ce dernier, sur une plage de Propriano, avec vingt-six compagnons fidèles. Dans un premier temps, il retrouve sa famille, puis grossit les rangs de ses fidèles. Il traverse le Taravo, le Celavo, puis s’installe à Cauro. Il rencontre les anciens seigneurs d’Ornano et de Bozzi, et renforce alors son désir de rétablir les anciens droits. Il rencontre aussi les populaires afin de leur promettre de défendre les intérêts du peuple. Il rassemble ensuite les chefs populaires du sud, et parvient à se familiariser avec certains d’entre eux.

Forcément, Gênes voit d’un mauvais œil ce retour. D’autant que le gouverneur Tridano della Torre vient d’être assassiné. L’autorité de Gênes sur l’île, et notamment dans le sud, est mise à mal. Les Génois rencontrent alors le chef des populaires, Franceschino d’Evisa et lui confient une mission : enquêter pour savoir ce que prépare Arrigo. Alerté, ce dernier le fait exécuter à Frasso. Arrigo élimine donc le chef populaire et affaiblit davantage les Génois. C’est alors qu’Arrigo se pose en sauveur : il promet la justice aux nobles, mais également au peuple, et considère que la Corse n’a pas besoin de Gênes pour gouverner. Il promet également aux populations un ravitaillement venu d’Espagne pour lutter contre la disette sur l’île.

Sur le terrain, la guerre commence donc. Arrigo se rend maître du château de Cinarca, rétablissant de ce fait une certaine légitimité seigneuriale, punit les traîtres et exerce une justice ferme mais équitable. Il se rend maître du sud de la Corse et désire à présent, comme ses aïeux, soumettre également le nord.

Là, il y trouve des alliés de choix : les Caggionacci, ceux-là même qui sont désormais hostiles aux Génois et qui ont assassiné le gouverneur. A Nonza, puis à Biguglia, les Génois s’enfuient devant les soldats d’Arrigo. Ce dernier se rend ainsi maître de toute l’île sous l’acclamation des Corses. En 1373, il reçoit alors une baguette de bois (la baccheta), symbole de son pouvoir, au cours d’une cérémonie d’investiture. On l’appelle désormais, « Comte Arrigo ». Sa bannière est constituée d’un oiseau griffon surmonté des armes royales d’Aragon. Cela signifie qu’Arrigo se place sous la suzeraineté du roi.

Arrigo installe l’administration de son Comté, se montre mesuré dans la levée des impôts, applique la justice, élimine les derniers partisans des « populaires », reçoit des garnisons catalanes. Seuls Calvi et Bonifacio restent fidèles à Gênes.

En 1376 enfin, Gênes entend réagir et désire rétablir la situation. Arrigo demande alors de l’aide au roi d’Aragon. Ne pouvant intervenir financièrement, le roi promet à Arrigo un ravitaillement venu de Sardaigne et une concession sur l’exploitation des salines de Cagliari et du sel en Corse, exempte de toutes taxes.

En 1377, Arrigo reçoit le titre de lieutenant du roi en Corse. On lui offre de ce fait une galère armée. Sa mission – en tant que corsaire - est de semer la terreur auprès des navires bonifaciens et génois. Le Comte de Corse en profite pour amasser du butin : en particulier celui des navires marchands génois. Ajouter à l’exploitation des salines et du sel, ces butins font la fortune d’Arrigo et de ses proches partisans.

En 1378, Gênes et l’Aragon signent un accord lourd de sens : les deux puissances s’engagent à ne plus soutenir les révoltes qui leur sont profitables en Sardaigne, mais aussi en Corse. Sous différentes formes, les Génois tentent pourtant de remettre la main sur l’île. Mais les stratégies politiques ou les expéditions militaires échouent. C’est alors que les Génois tentent le tout pour le tout. Puisque Arrigo est maître du château de Biguglia, un certain Leonello Lomellini décide de faire construire, en 1380, une petite bastille, une fortification non loin de la marine de Porto Cardo. De ce fait, les Génois peuvent désormais avoir un accès à la mer tout à fait sûr. C’est la naissance de la ville de Bastia.

Mais cette stratégie ne remet pas en cause l’hégémonie d’Arrigo sur son île. Il est au sommet de sa puissance. Les liens d’amitié qu’il entretient avec l’Aragon sont solides, même après la mort du roi Pierre IV, en 1387. Indépendamment de ses affaires corses, Arrigo continue par ailleurs de servir son précieux allié. Il se trouve à Alghero en 1391, pour défendre la ville. Puis il intervient en Sicile, participant grandement aux affaires politiques méditerranéennes.

En 1392, Gênes nomme un nouveau gouverneur en Corse : Battista de Zoagli. Ce dernier est un homme de terrain d’une efficacité redoutable. Il reprend Bastia et Biguglia, puis fait tomber toutes les places fortes du nord de la Corse, avant de passer au sud. Il parvient jusqu’à Cinarca où il s’empare du château. Arrigo, accompagné de son fils Anton-Lorenzo, quitte l’île pour se réfugier en Catalogne. Malgré ce revers, le roi le nomme toutefois lieutenant-général des îles de Sardaigne et de Corse. Arrigo est frappé par un deuil terrible, il perd son fils de la fièvre. Ce deuil lui permet de préparer minutieusement son retour. Il obtient de son roi des garnisons et une nouvelle galère pour reconquérir la Corse. Son retour sur l’île est triomphal. En très peu de temps, il reprend tous les châteaux et tous les points stratégiques concédés. Calvi, le Cap Corse et Bonifacio lui échappent toujours, mais la seigneurie est rétablie sur l’île. Aux yeux du peuple, Arrigo est un héros. Il est accueilli aux cris des « Viva popolo ». Il rétablit la paix et la justice, selon Giovanni della Grossa.

En 1397, le roi d’Aragon Martin Ier décide d’effectuer une tournée de ses possessions. Après la Sardaigne, il se rend en Corse. Il fait relâche notamment dans le golfe d’Ajaccio, un mouillage sûr mais quasiment désertique à cette époque. Puis il se rend dans le golfe de Sagone pour rencontrer ses fidèles de la Cinarca. Le roi confirme alors à Arrigo son statut de lieutenant. Pour ce dernier, il s’agit d’une véritable consécration. Jamais jusqu’alors un chef d’Etat suzerain ne s’était déplacé en Corse pour honorer et renouveler les privilèges d’un seigneur.

Mais Gênes n’abdique pas, et nomme un nouveau gouverneur : Tommaso Panzano. Arrigo et les Génois s’affrontent à Biguglia, et ces derniers sont écrasés. Les Génois nomment alors Raffaelle de Montaldo, un gouverneur redoutable, qui a l’avantage de bien connaître la Corse. Ce dernier reprend Bastia et Biguglia, et gagne du terrain. Cette fois, Arrigo doit reculer. En 1400, le Comte de Corse est assiégé et demande de l’aide au roi, mais celui-ci ne lui promet qu’une petite aide, des corsaires catalans. Cette année là est noire : la famine et surtout une terrible épidémie sèment le désastre en Méditerranée du nord et en Corse. La peste est particulièrement dévastatrice. En 1401, alors qu’Arrigo réunit ses troupes, il est frappé à son tour par l’épidémie. Il s’éteint en juin 1401.

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