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Bastia 1, Dans le sillage de Mantina (Antiquité-1900)

Dernière mise à jour de cette page le 29/12/2012

Cantons concernés : Bastia

La découverte récente d’objets préhistoriques sur les hauteurs de Bastia a confirmé  la présence probable d’habitants, dans les temps les plus reculés, au pied du massif du Pigno qui domine encore la ville de nos jours. L’hypothèse de l’existence d’un habitat datant du néolithique est même avancée par les historiens.

On sait aussi que, dans l’antiquité, les Grecs, les Étrusques et les Carthaginois venaient faire relâche dans les environs pour s’y ravitailler ou faire sécher les bois des navires avant de franchir la mer Tyrrhénienne. Par la suite, les Romains occupent l’oppidum de Bastia afin d’y installer la colonie de Mantinum. Cette dernière, également appelée Mantina, vit dans l’ombre de Mariana et d’Aléria, avant d’être détruite par les Barbares et les Vandales. Il s’agit là d’une conséquence de l’effondrement de l’empire romain.

Dès lors, devenus dangereux, les lieux ne sont plus habités jusqu’au XIème siècle. Après l’an 1000 environ, des hommes construisent de petites cabanes dans la crique de Terra Vecchia afin d’y pratiquer la pêche. Mais les rivages étant incertains et toujours périlleux, ces derniers ne s’y établissent pas de façon permanente.

Au XIème siècle, le pape concède à l’évêque de Pise l’investiture des évêques corses. Les Pisans commencent ainsi deux siècles de domination sur l’île. Au XIIIème siècle, c’est sur les ruines de l’antique cité romaine de Mantina qu’apparaît un semblant d’urbanisation. Les Pisans sont certes maîtres de la Corse, mais plus pour longtemps. En 1284, lors de la bataille navale de Meloria, la flotte pisane est anéantie. Pise renonce à la Corse et, en 1299, Gênes prend possession de l’île. Dans un premier temps, il n’existe que quelques maisons appartenant à des pêcheurs, situées en contrebas du gros village de Cardo. Le petit port s’appelle d’ailleurs Porto Cardo, « le port de Cardo ».

Il faut attendre 1378 pour que Bastia commence à ressembler à une vraie ville. Le gouverneur génois Leonello Lomellini décide d'abandonner le château fort des gouverneurs de l'île - plusieurs fois incendié – situé à Biguglia et d’ériger un donjon sur un promontoire rocheux. C’est là que tout débute réellement. Peu à peu, Bastia se construit jusqu’à devenir une véritable structure urbaine destinée à entretenir des liens directs avec Gênes. Les gouverneurs successifs œuvrent à l’édification des remparts  afin d’assurer la sécurité des habitants, mais aussi à l’aménagement du palais. La construction de la bastiglia (bastille) est par ailleurs à l’origine du nom de la ville : Bastia. Cette place forte est une citadelle dont les remparts sont terminés en 1480. Il faut toutefois attendre 1530 pour que le palais le soit à son tour. La citadelle de Bastia est un quartier à part entière où l’on voit apparaître au fil des ans d’étroites ruelles aux allures de labyrinthe.

En effet, dans la seconde moitié du XVème siècle, de nombreuses maisons sont construites autour de la citadelle, de sorte qu’une muraille est érigée, jouxtant cette dernière. De là naît le quartier Terra Nova, habité essentiellement par des familles génoises. Ces dernières aménagent également un port, à Terra Vecchia, afin de s’ouvrir sur la mer, de développer les échanges commerciaux en Méditerranée, et de renforcer les relations avec Gênes. Pour peupler la nouvelle cité, les gouverneurs n’hésitent pas à accorder des privilèges aux habitants des villages alentours et des montagnes. Par exemple, les Corses qui viennent s’installer à Terra Nova sont dans un premier temps exemptés d’impôts. Bastia s’impose alors comme la capitale et le symbole de la puissance génoise sur l’île.

Aux XVIème et XVIIème siècles, Bastia connaît une croissance démographique et urbanistique spectaculaire. De lourds travaux sont entrepris. On construit notamment des bâtiments militaires à Terra Nova. Mais pas seulement. Des édifices particuliers sont érigés et les lieux de culte se multiplient. Entre 1636 et 1666 est élevée, sur les ruines d’une ancienne chapelle, la plus grande église de Corse : l’église Saint-Jean-Baptiste.

L’ouverture sur la mer ne cesse d’enrichir la ville, comme en témoigne la construction des palais Caraffa et Galeazzini. La démographie s’accélère, ce qui motive la fondation de nombreux couvents et églises. Vingt-six édifices religieux sont nécessaires pour satisfaire les aspirations spirituelles des 7 000 habitants de Bastia. La haute ville est bâtie, tout comme les principales villes génoises, sur le modèle imaginé par l’architecte grec Hippodamos de Milet, c’est-à-dire en damier. Des rues droites sont construites de la cathédrale jusqu’au Donjon, coupées par plusieurs rues et ruelles perpendiculaires conduisant à la mer. Les visiteurs débarquant alors à Bastia peuvent découvrir l’évêché (le diocèse de Mariana), la cathédrale (Sainte-Marie), deux couvents, un hospice d'enfants trouvés, une église de confrérie (Sainte-Croix), ou encore la maison des Douze, abritant les familles des nobles corses qui secondent le gouverneur dans l’administration de l’île.

De ce fait, et fort logiquement, Bastia est considérée par les Corses du Siècle des lumières comme le symbole de la tyrannie génoise. C’est là que s’exerce le pouvoir injuste de la République de Gênes. De nombreux « patriotes » - notamment Ghjacintu Paoli - sont emprisonnés à Bastia dans la première moitié du XVIIIème siècle. En 1731, la ville est assiégée par les paysans révoltés. Menacé et craignant pour sa vie, le gouverneur génois est contraint de s’enfuir. En 1745, la flotte austro-sarde commandée par Domenico Rivarola lance un assaut sur la cité. Une tour du palais est détruite et la ville rend les armes. Mais l’année suivante le gouverneur Stefano de Mari reprend Bastia, au prix d’un bain de sang et fait déporter de nombreux prisonniers vers Gênes.

Afin d’assurer la protection de la ville, le nouveau gouverneur ordonne la construction de quatre forts sur les hauteurs de Bastia : Monserrato, San Gaetano, La Croix et Straforello. L’instabilité politique et les guerres incessantes n’empêchent pas la ville de s’étendre et de prospérer.

Un événement capital survient au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle. En 1755, Pasquale Paoli - le fils de Ghjacintu Paoli - est réclamé en Corse. Les révolutionnaires insulaires hostiles aux Génois désirent le nommer au rang de chef suprême de la nation corse. Après un long exil à Naples, Pasquale Paoli retrouve l’île de son enfance, à trente ans. Il devient le Babbu di a Patria. Fuyant les côtes, il installe son gouvernement à Corte, et élimine la plupart de ses ennemis. Paoli rêve d’une Corse libre et indépendante. Le Général force l’admiration de toute l’Europe des lumières par ses idées novatrices, et parce qu’il ébranle la République de Gênes, au point de remporter de nombreuses victoires en Corse et de chasser les Génois de l’île de Capraia. Ce succès met fin aux relations entre Gênes et Bastia. Ne pouvant riposter, la vieille république se voit contrainte de chercher un appui auprès de la France puissante et rayonnante de Louis XV. Un traité est signé dans les salons de Versailles en 1768 (traité de Versailles), stipulant que les Génois cèdent, et ce « à titre provisoire », l’île de Corse à la couronne de France. Il faut dire que la France vient de perdre la guerre de Sept Ans contre l'Angleterre. Par ailleurs, en 1763, le traité de Paris entérine la perte du Canada français. La même année, Louis XV perd également l'île de Minorque, rendue aux Anglais. Or, la France, qui est alors la deuxième puissance maritime mondiale après la Royal Navy, a besoin de bases en Méditerranée pour préserver son rang de première rivale de la Grande Bretagne. L’idée consiste donc à remplacer Minorque par la Corse.

Ainsi, c’est en espérant redorer le blason de la France que Louis XV envoie des troupes en Corse. L’objectif est de rétablir la « paix civile » en abattant le gouvernement de Paoli. En mai 1769, le Babbu et son armée sont vaincus à Ponte Novu. Quelques jours plus tard, Corte, la capitale, tombe aux mains des Français. C’en est terminé de l’indépendance et du rêve de Paoli. Le Général est contraint d’embarquer à Porto-Vecchio pour un second exil. La Corse change de mains.

Voir la ville de Bastia

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