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Joueurs de couleur dans le football corse

Dernière mise à jour de cette page le 05/04/2016

Il fallut attendre bien longtemps – un demi-siècle - pour que des joueurs de couleurs s’illustrent dans des clubs de football corses. Dans les années 60 et 70, trois formations insulaires goûtent aux joies du haut niveau : le G.F.C.A., quatre fois champion de France Amateur, l’A.C.A., premier club corse à rejoindre l’élite, et le S.E.C.B. qui ira jusqu’à mettre l’Europe à ses pieds. Parmi les héros de ces moments glorieux, des joueurs tels de François M’Pelé, Marius Trésor et Roger Milla, ont marqué de leur empreinte l’histoire du football corse.

Marc Kanyan et Moïse : les précurseurs…

Le professionnalisme s’est installé bien tard dans le football insulaire. Jusqu’au début des années 60, les « grands » clubs de l’île se disputent le titre de champion de Corse avec acharnement. Parmi ceux-ci, le G.F.C.A., l’A.C.A., les deux rivaux ajacciens. Et le S.C.B., devenu S.E.C.B. après une fusion avec l’Etoile. Jusque là, seuls des joueurs insulaires, issus du cru, composent les effectifs.
Le football corse est bouleversé en 1960, lorsque le F.C.A. , vulgairement « bistro » à Ajaccio, fusionne avec le tout nouveau Gazélec. Le G.F.C.A. vient de naître. Il s’agit d’un événement incontournable dans l’histoire du football insulaire. C’est la première fois en effet qu’un club corse se dote de moyens permettant d’imaginer une ascension dans la hiérarchie nationale. Un stade est construit à Mezzavia, et une équipe compétitive est constituée.

De ce fait, le G.F.C.A. est la première équipe insulaire à s’illustrer à l’échelon national, dans le Championnat de France Amateur. C’est à cette époque qu’apparaissent dans les clubs corses – et ce pour la première fois - des joueurs de couleur. En 1963, le G.F.C.A. recrute notamment le premier « grand » joueur noir de l’histoire du football corse : Marc Kanyan. Ce jeune ailier de 21 ans, né à Lifou, contribue grandement aux succès ajacciens.

On retiendra surtout de ce joueur, son extraordinaire habileté devant le but, et sa talonnade formidable qui a humilié Marseille, en coupe de France . Ce dernier est également finaliste de la coupe de France 1972, avec le S.E.C.B. En 1965, l’A.C.A. accède au professionnalisme (deuxième division). A l’instar du Gazélec, Antoine Federicci, qui est alors directeur sportif du club, élargit son champ d’investigation, et recrute large. Le poste d’entraîneur est confié à un ancien international argentin, Alberto Muro, et Moïse devient le premier « grand » joueur de couleur à porter les couleurs de l’Ours. Avec Kanyan ce dernier est précurseur d’une lignée de fabuleux joueurs noirs.

Marius Trésor : l’arrière-garde noire de l’A.C.A.

C’est à Sainte-Anne, en Guadeloupe, le 15 janvier 1950, que Marius Trésor naît. C’est d’ailleurs à la Juventus de Sainte-Anne que ce dernier signe sa première licence de footballeur. Au cours de l’automne 1969, le staff de l’A.C.A. – qui est alors en première division depuis deux saisons - recrute un certain nombre de jeunes éléments prometteurs. On apprend notamment que l’A.C.A. s’apprête à recruter un jeune attaquant guadeloupéen, un gabarit de grande taille, âgé de 19 ans, répondant au nom de Marius Trésor. Les premiers pas de ce dernier à l’entraînement à Ajaccio, ne sont pas satisfaisants. « J’étais un attaquant ! Au cours du premier mois passé à Ajaccio, j’avais des difficultés, je végétais un peu. Je n’étais pas à l’aise » se souvient-il aujourd’hui. Marius Trésor n’est donc pas le joueur que l’on espérait. Buteur plutôt gauche, il déçoit. L’entraîneur ajaccien - Alberto Muro – décide alors de l’écarter du groupe professionnel et de le laisser à disposition de la réserve. Mais le 22 mars 1970, le coach acéiste fait appel au « géant » guadeloupéen, à Monaco. C’est par dépit – presque – que l’emblématique entraîneur des Ours place Marius Trésor au cœur de la défense ajaccienne. « Un beau jour, tous les défenseurs centraux de l’équipe A sont revenus blessés d’un déplacement à Reims. A cette époque là, tous les mercredis, Alberto Muro organisait une opposition entre l’équipe A et l’équipe B. Avant cette opposition, le coach a réuni tous les jeunes de la réserve et nous a demandé si l’un de nous voulait jouer défenseur. Personne n’a levé la main, sauf moi. J’ai donc réalisé l’opposition en tant que défenseur. A la fin de cette rencontre, Alberto Muro est venu me voir dans le vestiaire pour me dire que désormais je ne m’entraînerai qu’à ce poste là » explique Marius Trésor, bien conscient qu’il s’agit là d’un véritable tournant dans sa carrière. Ce dernier saisit la chance qui lui est offerte et réalise un match de grande classe sur le Rocher, où l’A.C.A. s’impose avec brio 3 à 1. Quelques mois plus tard, Marius Trésor attire les convoitises de clubs plus huppés. Le 2 octobre 1971, Georges Boulogne, le sélectionneur de l’équipe de France, décide faire appel à lui.

A Ajaccio, Marius Trésor passe des moments magiques. Il témoigne : « Je peux vous garantir que nous avons vécu des moments extraordinaires. Quelle que soit l’équipe qui venait à Ajaccio, elle était vraiment en danger. Il fallait vraiment être très fort pour nous battre. Je n’oublierai jamais un match que nous avons disputé à Sochaux. La semaine avait été agitée, car le mercredi, nous sommes tous partis à Wembley pour assister à la finale de la coupe des Champions qui opposait le Panathinaïkos à l’Ajax d’Amsterdam. Trois jours après, nous devions jouer à Metz, qui était toujours invaincu à domicile. Je me souviens que nous avons gagné en Lorraine, avec un but extraordinaire d’Albert Vannucci. Ce match fait parti des bons moments que j’ai passé à Ajaccio ». Plus tard, porté par son talent, Marius Trésor quitte Ajaccio pour Marseille, puis Bordeaux. On retient de son incroyable carrière, ses débuts à l’A.C.A bien sûr, mais aussi son parcours en équipe de France et son but magistral lors de la mythique demi-finale de la coupe du Monde 1982, opposant la France à la RFA .

François M’Pelé : la flèche congolaise

Au début des années 70, l’A.C.A. est le club le mieux structuré de Corse. Il dépasse le S.E.C.B. en popularité sur l’île. Sans doute, grâce à ses formidables installations, mais aussi grâce à ses joueurs de qualité, comme Baratelli, Dortomb, Sansonetti ou Marcialis - pour ne citer qu’eux. Lors de la saison 1970-1971, l’A.C.A. frôle l’Europe, terminant 6e du championnat de première division. C’est à cette époque qu’un certain François M’Pelé figure parmi les tous meilleurs attaquants évoluant en France. Né le 13 juillet 1947, ce dernier débarque à Ajaccio dans le courant du mois de juillet 1969, à l’âge de 22 ans. Celui que l’on surnomme « la flèche noire » ou « l’enfant de Brazzaville » est déjà bien connu dans les sphères du football africain. Cela dit, en Europe, c’est un illustre inconnu. François M’Pelé est recruté afin de pallier au départ d’une ancienne légende, Etienne Sansonetti. Autant dire que la tâche s’annonce difficile pour le jeune africain. M’Pelé est titularisé pour la première fois avec l’A.C.A. le 19 octobre de la même année, au stade de Timizzolu, devant Lyon. Il est l’artisan de la victoire des Ours devant les Gones. Rapide et efficace devant le but, il apporte un plus considérable à l’attaque rouge et blanche. Au début de l’année 1970, M’Pelé devient le chouchou du public ajaccien. Son sens du but et son jeu spectaculaire, associés à sa rapide adaptation font de la « flèche noire » un titulaire indiscutable du dispositif de Louis Hon, le nouvel entraîneur ajaccien. Le 3 avril 1971, M’Pelé entre dans la légende, lorsqu’il signe un quadruplé somptueux au stade Armand-Cesari de Furiani, face au S.E.C.Bastia, L’A.C.A. s’impose 4 à 1 ! Mais le 14 décembre 1973, M'Pelé quitte l'A.C.A., alors en deuxième division, pour rejoindre les rangs du Paris Saint-Germain. François M’Pelé demeure toujours à ce jour le meilleur buteur de l’A.C.A. en première division.

Roger Milla : le Lion Indomptable du S.E.C.B.

1972 est une année charnière dans l’histoire du football corse. L’A.C.A. est sur le déclin et n’est pas loin d’entamer sa longue descente aux enfers. A contrario, le S.E.C.Bastia s’installe quant à lui durablement dans le cœur des Corses. Tout d’abord en se hissant en finale de la coupe de France 1972 , puis en réalisant une saison éblouissante en 1976-1977 en première division. La recette de la réussite est simple : l’association d’une génération talentueuse de joueurs corses, et de grands joueurs internationaux. Dans un premier temps, les recruteurs bastiais prospectent essentiellement en Europe : l’international hollandais Johnny Rep, ou encore le Yougoslave Dragan Dzajic font les beaux joueurs du Sporting, jusque sur le toit de l’Europe. Il faut attendre 1980 pour qu’enfin, un grand joueur noir débarque à Poretta : Roger Milla. Ce dernier est né le 20 mai 1952, à Yaoundé, au Cameroun. Contrairement à Marius Trésor et à François M’Pelé, qui étaient d’illustres inconnus à leur arrivée en Corse, Roger Milla dispose déjà d’une belle carte de visite : les supporters de Valenciennes et de Monaco avaient déjà apprécié ses talents de buteur redoutable. Roger Milla est aussi ballon d’Or africain (1976). Pourtant, en 1980, les grands clubs fortunés ne lui font pas les yeux doux. C’est donc sur le tard, à 28 ans, qu’il s’impose dans l’attaque bastiaise. Sur le terrain, Roger Milla est un attaquant racé et élégant. Formidable dribbleur, son adresse et son sens du but sont ses qualités principales. Il dispute en tout, 113 matchs sous les couleurs bastiaises, et inscrit la bagatelle de 35 buts. En 1981, Roger Milla est titulaire à la pointe de l’attaque bastiaise, lors de la finale de la coupe de France qui oppose les Lions de Furiani aux Verts de Saint-Etienne. Roger Milla marque même le second but de la partie. Le but de la victoire… Roger Milla quitte Bastia en 1984, au moment où s’amorce le déclin du Sporting. Mais c’est surtout sous les couleurs de la sélection du Cameroun qu’il marque sa génération, notamment lors des coupes du Monde 1990 et 1994. Là, il devient le plus vieux buteur de l’histoire de la coupe du Monde (42 ans). Qu’ils s’appellent Marc Kanyan, Marius Trésor, François M’Pelé ou Roger Milla, ces joueurs noirs ont marqué de leur empreinte l’histoire du football corse. Sans doute doivent-ils leur réussite à leur grand talent, mais aussi à leur formidable capacité d’adaptation, dans des clubs à forte identité. Car ils furent Corses pendant un temps. Et peut-être le sont-ils encore…

Frédéric Bertocchini

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