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Article - Les grands magazines qui traitent de la Corse : Dimanche en France 1961

Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2012

La télévision cherche plus que jamais à représenter la Corse d’antan, la Corse préservée, peut-être pour répondre aux attentes de la forte diaspora corse qui cherche à conserver le souvenir de l’île de son enfance intact. Une émission nous semble tout à fait répondre à ces critères : Dimanche en Francediffusée en 1961, réalisée par un Corse de Marseille. Il s’agit d’une création régionale diffusée au niveau national ; chaque région en signait quelques numéros. C’est, fait rare pour l’époque, ce que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de « documentaire-fiction »[1] Cela signifie que ce documentaire se construit autour d’un scénario et d’un texte au ton et à la vocation volontairement explicative.  Le scénario tourne autour de l’arrivée du petit « Matteo » (sic) de Marseille dans le village de Merusaglia (Morosaglia) d’où est originaire son père. C’est par le prisme du regard de l’enfant que le téléspectateur découvre l’île. Une vie qui semble loin de la réalité du Plan d’Action de 1957, de la SETCO et des bouleversements de la société. Le documentaire joue ainsi sur l’émotion et la nostalgie. A travers la visite de ce village le spectateur peut voir, reconstitué sous ses yeux la vie villageoise. Au centre de cette vie, la famille reste toujours le cadre exclusif de la production, de la consommation et de la transmission du patrimoine. C’est d’ailleurs ce qui apparaît dès l’arrivée de Matteu dans le cocon familial. Dès que celui-ci rencontre son oncle, celui-ci lui rappelle « qui il est » et « à qui il appartient » : « Je t’attendais Matteo mon neveu, tu portes le prénom majuscule de la famille, celui qu’on a donné à tous les chefs de notre maison. Si ton père a dû se fixer loin de notre village, je savais que toi tu recevrais un jour un message secret. Celui de notre montagne corse, les anciens avaient raison : l’eau du torrent revient toujours dans son lit ». Et l’oncle veut inculquer au neveu le respect de ses ancêtres : « Salue, Matteo, ces chapelles dressées dans le ciel, la foi est aussi ardente que profonde et incline-toi devant les tombes familiales et celle-ci très humble léguée par les ancêtres ». L’intégration à sa propre famille est primordiale pour Matteu. Celle-ci est la garante de cette vie de communauté et en reconnaissant Matteo, elle lui offre sa place dans le village.

Ce documentaire-fiction est aussi remarquable parce qu’il met en scène tous les stéréotypes de l’île : la figure du berger, le fait religieux, la Corse qui se vide, le village qui tente de résister au départ de ses enfants… Ainsi, chaque personne croisée lors du trajet de la montée au village, dans le documentaire, évoque une figure traditionnelle. C’est notamment la rencontre avec les « mulateri », les muletiers qui relient les villages afin d’amener les nouvelles et les produits d’un côté de la vallée à une autre : « Voici les « mulateri », bâtisseurs et ravitailleurs intrépides, le village leur devait tout. Ils transmettent les nouvelles d’un côté à l’autre de la montagne avec un grain savoureux de fantaisie ». Ces « mulateri » chantent alors pour l’oncle et son neveu. Puis, l’oncle rencontre une figure plus moderne qui remplace peu à peu les précédents : le facteur. « Comment ! Cela te surprend, mais en montagne nos facteurs font leur service à cheval. Celui-là, c’est François qui dessert notre commune, quand je dis qu’il dessert, il la sert plutôt ». Le facteur est celui qui crée du lien : « François le facteur s’avance sans formalisme, il appelle Fabien pour lui remettre une lettre de la main à la main ». Pour finir, cette série de rencontres, Matteo et son oncle se rendent à l’école où une dizaine d’enfants les accueille. L’oncle les présente comme l’avenir de la communauté villageoise, tout en déplorant que l’école compte de moins en moins d’élèves.

Une fois, les présentations effectuées, Matteo va découvrir le quotidien du village. Cela passe bien entendu par la vie familiale qui fait l’objet de longues séquences. Á l’intérieur de celles-là, la maison et les activités qui s’y rapportent sont mises en valeur grâce à une succession de plans sur les diverses pièces et les meubles simples mais fonctionnels traditionnels : « Le Bancarellu,le vieux banc tribune des vieillards conteurs de légende ». Les plans s’attardent longuement sur le « Fucone » décrit comme « le foyer autel sacré de la famille ». Il est, en effet, l’âme de la maison. C’est autour de lui que s’effectuent les tâches journalières : notamment la cuisine. Nous voyons ainsi, la vieille Anastasie préparer des « pisticcine », des beignets à la farine de châtaigne. Toutes les étapes de la recette sont expliquées par l’oncle : « Anastasie prépare pour toi des " pisticcine ", friandises délicieuses à la farine de châtaigne et des beignets au fromage ». Le commentaire présente de même les activités traditionnelles du village et c’est là où il réussit le mieux à apporter sa propre vision de la Corse. « Ton cousin Antoine presse pour les briser des olives ramassées à la main. Il les met aussi ensuite dans la meule ». Outre, le quotidien, le documentaire revisite certains stéréotypes « romantiques ». L’amour et la mort sont au centre du reportage. En Corse, la vie et la mort sont intimement liées et c’est pour cela qu’après avoir goûté à la quiétude du foyer familial, le téléspectateur assiste à l’intrusion de la mort et du culte des ancêtres. L’oncle emmène le jeune homme se recueillir devant les tombes. Les plans deviennent plus longs devant le tombeau familial pour accentuer l’impression de recueillement et de solennité de l’instant.

Ce moment de gravité cède la place, lors de la scène suivante, à la légèreté de l’amour entre deux jeunes gens : un amour très codifié. Ce sont des échanges furtifs sur la place du village, des rencontres à la fontaine isolée et des sérénades sous les balcons des belles qui sont donnés à voir par le documentaire. Jean Valère et Graziella échangent donc leurs preuves d’amour devant les caméras, en utilisant l’expression du « chjami è rispondi » à savoir une joute verbale entre deux amoureux, chacun pour tester l’amour de l’autre. Cette scène se termine sur une sérénade, la nuit où la jeune amoureuse contemple d’un œil railleur le jeune homme et ses musiciens. La nuit tombe sur le village. Elle sert de prétexte à une autre scène attendue et très scénarisée, celle de la traditionnelle veillée corse. En effet, la nuit tient une place importante dans la vie quotidienne du village. C’est là où se nouent les échanges et où la solidarité est plus que jamais évidente. Souvent contrainte de vivre en vase clos à cause du mauvais temps et de la rudesse des montagnes, souffrant d’un manque d’infrastructures, la communauté villageoise est obligée de ne faire plus qu’une. Chaque soir, les habitants se réunissent alors dans une seule maison, chantent, jouent et font la fête autour d’un bon feu.

Les plans se succèdent sur cette grande assemblée, réunie autour du foyer et qui fait revivre la mémoire du village en écoutant les récits des anciens. Le dernier plan s’attarde sur Matteo qui ouvre des yeux émerveillés. Le bonheur se lit sur son visage et il apparaît heureux de sa rencontre avec la Corse. L’oncle de Matteu conclut le reportage sur ce qui lui tient le plus à cœur, l’image de la solidarité de l’île : « Le village n’est plus qu’une seule maison, ces âmes une seule âme ». Et alors, il dit enfin « Merci, Matteo d’avoir reçu notre baptême avec cette joie d’enfant ». Ainsi, malgré tous les écueils du genre, il ressort de ce document une certaine vision de la Corse.

[1] I. Veyrat-Masson,Télévision et histoire, la confusion des genres. Docudramas, docufictions et fictions du réel, INA, de Boeck, Bruxelles, 2008.

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