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Monuments aux morts : enjeux de mémoire ?

Dernière mise à jour de cette page le 04/04/2016

Après la fin de la Guerre 1914-1918 la France va se couvrir de monuments aux morts, transformant des millions de deuils d’affaires privées en une affaire d’Etat. Les monuments aux morts signifiaient la volonté de perpétuer le culte du souvenir. En Corse ils sont suffisamment éloquents pour démontrer que la Corse a payé un des tributs le plus lourd. Cette année, la commémoration du 11 novembre a mis en lumière ces monuments qui font aujourd’hui partie de l’univers de nos villages. Nicolas Sarkozy a annoncé, en effet le dépôt, dans les semaines à venir, d'un projet de loi visant à faire du 11 novembre «la date de commémoration de la Grande guerre et de tous les morts pour la France». Le gouvernement, a également déclaré le chef de l'Etat, apportera par ailleurs «son soutien à la proposition de loi visant à rendre obligatoire l'inscription sur les monuments aux morts des noms des "morts pour la France"». Cette proposition ne fait pas l’unanimité.  En effet, ne risque-t-il pas d’y avoir un conflit de mémoire ?

En effet, ces monuments publics représentent aussi des enjeux de mémoire très ancrés dans notre société. L’ouvrage de Jean-Paul Pellegrinetti, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis, et de Georges Ravis-Giordani, ethnologue, Professeur honoraire de l’Université de Provence, avec la contribution de Beate Kiehne, ethnologue ; intitulé « Du deuil à la mémoire, les monuments aux morts de la Corse (guerre 1914-1918) » sorti, chez Albiana, ce mois-ci se propose « d’être une analyse de ce qui se trouve bien souvent être les premiers et parfois seuls monuments publics investis qui plus est d’une fonction purement symbolique ». Il s’agit d’une étude ethnohistorique qui recense l’ensemble des monuments et offre une analyse de cette fonction symbolique. Originalité supplémentaire, l’ouvrage  est accompagné d’un CDROM qui contient l’ensemble des photos réunies pour cette étude. Celle-ci recense donc l’ensemble des monuments aux morts de l’île. Ainsi, l’on découvre que cette vague d’édification ne date pas de 1914-1918. La Corse comptait déjà trois monuments à Bastia, commémorant les guerres de Crimée et de 1870. Les morts de la seconde guerre mondiale figurent par ailleurs sur les monuments édifiés, suite au premier conflit mondial, mais pas seulement, car l’on peut y retrouver aussi les combattants de la résistance, des guerres coloniales (Rif, Indochine, Algérie…).

Alors pourquoi donc s’intéresser à ces monuments qui ne sont pas véritablement des œuvres d’art et qui aujourd’hui se sont totalement fondus dans le décor ? Tout d’abord, parce que ceux-ci sont les vestiges d’une époque, d’une douleur : « ils traduisent dans la pierre les sentiments ». Ils ne sont pas identiques : chaque commune a choisi son décor, sa forme, sa dédicace, son ornementation. Par ailleurs, l’analyse de l’ensemble de ces monuments a permis aux auteurs d’établir « une spécificité corse ». La plupart de ceux-ci mettent en scène des figures évoquant la souffrance, l’agonie, la mort, le deuil, en adéquation finalement avec l’âme d’un peuple qui aurait associé « le culte du deuil et l’exaltation des vertus viriles ».

Destinées à exprimer la douleur d’un peuple, ces édifications se firent également dans la souffrance. On prit, en effet, très vite conscience des enjeux mémoriels qui sous-tendaient cette implantation au cœur de la commune. Souvent alors se créèrent des comités locaux d’anciens combattants, parfois en opposition avec la municipalité en place, pour le choix de l’emplacement, du cadre … De plus, dans une région rurale comme la Corse, la construction de ces monuments fut un sacrifice supplémentaire pour des communes déjà éprouvées, au point que certains, à l’époque, affirmèrent qu’il eut mieux valu consacrer cet argent à aider les familles. Un sacrifice aujourd’hui tombé dans l’oubli …

Pourtant on continue encore d’ériger des monuments aux morts (11 entre 2000 et 2009). Ces derniers n’ont plus la même vocation, ils ne sont plus des éléments indispensables au deuil mais sont plutôt destinés à accomplir le travail de mémoire et d’histoire.

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