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VOUS ÊTES ICI : ACCUEIL HISTOIRE 18E SIÈCLE PAOLI PASQUALE: LE HÉROS DE LA CORSE, RACONTÉ AUX JEUNES

Paoli Pasquale: le héros de la Corse, raconté aux jeunes

Dernière mise à jour de cette page le 31/03/2016

Cantons concernés : Castifau-Merusaglia , Corti

Article sur Pasquale Paoli, paru dans le magazine jeunesse et BD Cargo Zone (juillet 2007).

Pascal Paoli est né dans un petit village corse (Morosaglia) en 1725. Il a vécu sur une île tiraillée par les querelles intestines, l’occupation génoise, avant de connaître une destinée lumineuse : celle d’un chef d’Etat et d’un humaniste.

Au premier abord, le monde du jeune Pascal Paoli est merveilleux. Il y a la nature, belle et sauvage, aux senteurs de châtaigniers, de maquis et de myrte. Il y a aussi les valeurs, l’honneur, le village, la famille. Il y a enfin le père, Ghjacintu Paoli. Le fils du meunier est un humaniste. Ce dernier apprend à son fils, la tolérance, le respect d’autrui et l’idée que dans ce monde, tous les hommes sont égaux.

L’éducation de Pascal Paoli est très lettrée. L’enfant dévore les livres anciens. Il apprend le latin, la plus belle de toutes les langues après le corse. Malgré cette vie de retraite dans les montagnes, le jeune Pascal est profondément marqué par la politique. Le contexte historique de son île est complexe et confus. Les Corses sont divisés. Parmi eux, Ghjacintu Paoli rêve d’une terre libre et en paix. Pour la première fois, un groupe d’individus cherche à animer un mouvement national qui repose essentiellement sur la tolérance. La tolérance, le respect des peuples, des hommes et l’égalité deviennent un art de penser. C’est cette Corse là que ces montagnards veulent construire.

Pascal connaît alors son père combattant et révolutionnaire. Mais si l’idée d’une Corse nouvelle fait son chemin, les dissensions continuent. Lors d’une cunsulta en 1735, Ghjacintu Paoli déclare publiquement, en langue corse : « Nous tous et chacun de nous, et chaque homme du peuple, avons – et devons avoir – la liberté absolue de manifester notre sentiment, quel qu’il soit, et de donner ou de ne pas donner notre assentiment à ce qui nous est proposé par la pensée d’autrui (…). C’est ce qu’exigent le Droit et la Raison. La Paix et la Guerre sont entre les mains de tous et non de quelques-uns ». Comment ne pas être influencé par ce grand humaniste ? Ce fils de meunier est tout simplement étonnant. Calme, rarement enflammé, éloigné de tout fanatisme religieux, il brille par son esprit de justice et d’égalité sociale.

A 10 ans, Pascal est profondément marqué lorsque son père, et d’autres patriotes (dont Costa), rédigent « la Constitution corse de 1735 ». Cette dernière, la première du genre depuis l’antiquité, émerveille le monde. Mais malgré cette débauche de belle énergie, les patriotes corses sont vaincus. Trop de villages refusent de se joindre aux rebelles.

C’est alors que débarque en Corse un curieux personnage. Un certain Théodore de Neuhoff. Ce dernier, d’origine germanique, est proclamé « roi de Corse ». Qu’à cela ne tienne. Il est bien accueilli par les populations hostiles aux Génois, et en particulier par les montagnards. Malgré un règne bref, le Roi Théodore de Neuhoff importe toutefois dans l’île le symbole : la bandera mora. Le drapeau à tête de maure. Théodore impose également comme hymne national, le Diu vi Salvi Regina, un chant religieux napolitain. Désormais, la Corse ne se trouve plus sous la protection de dieu, mais de la Sainte Vierge Marie.

Adolescent, Pascal adhère aux principes novateurs de la famille Paoli : 1. Egalité. 2. Souveraineté du peuple corse. 3. Imposture de toute autorité étrangère. Pourtant, les Paoli quittent la Corse, condamnés à l’exil. C’est à Naples que le jeune homme se réfugie. On lui trouve déjà quelques ressemblances avec un certain Montesquieu : la valorisation de la vertu civique comme principe de base de l’Etat populaire, le respect de la loi, le dévouement au bien public, la tolérance religieuse.

Mais celui que l’on surnomme désormais le Voltaire corse a en réalité une double formation : il est l’homme lettré, cultivé et tolérant qu’a fait de lui son père. Mais il est aussi un adepte de la guérilla montagnarde. Alors que Pascal poursuit sa formation militaire à Naples, le statut de la Corse change. L’île n’est plus un enjeu politique entre Gênes et l’Espagne, mais un enjeu militaire entre la France et l’Angleterre.

En 1755, âgé de 30 ans, Paoli n’aspire plus qu’à une chose : revenir en Corse et fonder cette fameuse nation. Justement, l’île le réclame. Alors que le parti indépendantiste est reformé, on apprend que Gênes serait prête à traiter avec la France pour régler définitivement le problème corse. Affamés, maltraités, les montagnards se révoltent une nouvelle fois. Il est temps pour l’enfant de Morosaglia de rentrer au pays et d’accomplir son destin.

Le 16 avril, Paoli retrouve enfin sa terre. C’est un grand bonheur. Le parti dit « rebelle », décide d’élire un chef, un général capable de s’occuper de l’économie, de la politique et de la sécurité de la patrie. Lors de la cunsulta du 15 juillet 1755, Pascal Paoli est nommé Général de la Nation corse.

Cette fois nous y sommes. La nation est née ! La patrie a trouvé son héros. Mais le plus dur reste à faire pour le jeune chef d’Etat. Il doit d’abord subir les réprobations de son père. Fort âgé et vivant sur le continent, le fils du meunier craint une effusion de sang. Il est vrai que le jeune Paoli adopte une position beaucoup plus radicale que son père : « ce que les Génois ont l’habitude de faire subir aux mécontents de Corse, les rebelles le feront subir aux Génois et aux Corses de leur bord » écrit-il. Mais l’âme humaniste de Paoli n’est pas éteinte pour autant. Il sait ce qu’implique une guerre, mais considère sa révolution comme « juste » et veut construire ce monde meilleur où règnent l’égalité et la liberté. C’est pourquoi le jeune général donne le droit de vote aux femmes. Y-a-t-il, à ce moment là de l’Histoire, un acte symbolique plus fort que celui-là ?

Les années passent. La Corse continue de se construire en tant que nation indépendante, avant-gardiste et fière. Paoli change considérablement. Le jeune effronté d’hier, aux longs cheveux attachés en queue fait place à un homme sage et reconnu pour sa plus grande tolérance. Il est temps de mettre en pratique toutes ces idées avant-gardistes du siècle des Lumières. Il le dit lui-même : certes, nous faisons la guerre à nos ennemis, mais essayons de faire une guerre propre « sans répandre trop de sang ». La peine de mort l’effraie. Paoli se pose alors des questions : l’humanisme et la tolérance qui l’habitent pourraient-ils anéantir tous ses projets ? Les Génois et les Français, qui brûlent les villages, les récoltent, qui pendent femmes et enfants pour « donner l’exemple », ne font pas tant de délicatesse.

Paoli continue néanmoins son œuvre. Les textes nous le peignent comme un homme intelligent, enthousiaste et pondéré. Il est aussi résolu, déterminé, le « Thémistocle de notre siècle », selon John Wesley, ou le « Périclès corse ». Les grands projets sont en marche : Paoli fonde l’imprimerie nationale, le port de L’Ile-Rousse, mais aussi l’Université. Cette dernière est construite à Corte, ville de l’intérieur, qui devient capitale. Le général s’installe dans la haute-citadelle en compagnie de sa garde rapprochée qui compte jusqu’à 100 hommes armés. Paoli sait que l’Europe le regarde. Il faut donner l’exemple.

L’Europe des Lumières s’enflamme pour le jeune général aux idées si nouvelles. Paoli reçoit des visiteurs du monde entier : des philosophes, des peintres américains et romains, des intellectuels. Pour eux, le Corse est un génie. Rousseau entre en contact avec le général et veut travailler à ses cotés sur des projets institutionnels. Rousseau écrit alors « qu’il est encore en Europe un peuple capable de législation. C’est l’île de Corse. La valeur et la constance avec lesquelles ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté mériterait bien que quelques hommes sages lui apprît à la conserver ».

Plus tard, Paoli commande un trône et le laisse vide aux yeux de tous, afin de symboliser le « trône de la liberté ». Malheur à l’impure qui veut y siéger ! Le pouvoir unique est une injustice. Les mots « élections » et « élus » sont ceux qui reviennent le plus dans sa bouche. La démocratie devient un art de vivre.

Jusque là, Paoli aime la France. La France des Lumières, la France des loges maçonniques sont loin de lui déplaire. Mais lorsqu’il apprend qu’un traité est signé entre la France et la République de Gênes, tout bascule. Comment ? Comment une nation peut-elle « acheter » un peuple ? « Puisque Louis XV et le fameux Marbeuf veulent envoyer des troupes pour anéantir notre jeune nation, nous prendrons les armes et nous lutterons ! ». Alors que Paoli est considéré comme un des tout premier intellectuel de son temps, admiré par toute l’Europe, en France la propagande bat son plein : il s’agit de mater un peuple de montagnards, de bergers, de sauvages bon à rien et de fainéants.

Toute l’Europe se passionne pour cette guerre qui commence et qui oppose l’une des plus grandes puissances militaires, celle de Louis XV, à une armée de misérables sans le sou, celle de Paoli.

Lorsque les troupes françaises débarquent en Corse, les armées sèment désolation, stupeur et tragédie. Jamais de mémoire de Corse on avait vu une telle déferlante de feu et de poudre. Certains villages sont exterminés. Cela n’empêche pas les paolistes de remporter quelques victoires, comme à Borgo. Mais faute de pouvoir soigner, ou même de nourrir les prisonniers ennemis, Paoli préfère les relâcher. C’est l’humaniste qui commande, et non le chef militaire. Les munitions se font rares. Paoli ne peut plus endiguer les désertions. L’argent promis par les grandes admirateurs européens est insuffisant pour continuer la résistance.

En novembre 1769, les Corses sont pris au piège sur le pont de Ponte Novu. Cinq cents patriotes tués en quelques minutes. C’est la déchéance de l’armée de la Liberté. Trahi de toute part, Paoli rentre vaincu à Corte.

Voltaire, pourtant hostile à Paoli, s’émeut lui-même : « le courage des Corses fut si grand que vers une rivière nommée Golo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux. Leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On ne voit de telles actions que chez les peuples libres ». Mirabeau dira quant à lui : « J’avoue messieurs, que ma première jeunesse a été souillée par une participation  à la conquête de la Corse ». Avec l’armée paoline, tout s’écroule. La liberté des Corses bien sûr. Mais aussi les espérances de l’Europe des Lumières.

Chez les intellectuels du monde entier, l’heure est à l’admiration et à la tristesse. La Corse a perdu sa liberté, mais le message est passé. Au même moment, à l’autre bout du monde, les révolutionnaires américains montent au front au rythme des « Viva Paoli ». Une fois leur liberté acquise, ces derniers s’inspirent de la constitution corse pour créer les Etats-Unis d’Amérique.

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