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Article - Ciel mon mardi de Christophe Dechavanne diffusée en 1990

Dernière mise à jour de cette page le 07/11/2012

L’émission, elle-même n’a pas bonne réputation, c’est une émission à scandale : « Deux émissions récentes de Ciel mon mardi, n’ont pas grandi leurs participants, ni le pays (La Belgique) ni la ville (Marseille) dont il était question. Il est vrai que les pièges de cette émission sont connus. Pour Christophe Dechavanne, le spectacle, voire le scandale, compte plus que l’information » [1]. En effet, il s’agit avant tout d’une émission de variétés, une forme jugée impropre pour traiter de la « question corse » comme l’affirme Mme Lafay, veuve du vétérinaire Lafay assassiné devant FR3 Corse qui n’a d’ailleurs pas été invitée pour évoquer le meurtre de son mari : « Quant à la forme, votre procédé me paraît bien cavalier. Á mon avis, une émission de variétés, ne peut traiter d’un sujet aussi grave que la vie des victimes du terrorisme en Corse » [2]. Pourtant, des hommes politiques de tout bord ont accepté de participer à cette émission, et cela crée pour la presse un résultat « détonnant » : « José Rossi a accepté de remplacer Paul Giacobbi. En mettant en présence Alain Orsoni, François Alfonsi (UPC), Francis Pomponi, historien (CFR), Robert Bertrand (de l’association des victimes du terrorisme, successeur du Docteur Lafay), José Rossi (élu de droite), Xavier Villanova (Conseiller municipal d’Ajaccio) et Bernard Pantalacci (prisonnier politique libéré), on ne peut que prendre le risque d’aboutir à un mélange détonnant. Ce qu’il faut espérer c’est qu’une telle émission, par les dérapages toujours possibles, ne porte atteinte à l’image de la Corse si souvent mise à mal » [3].

Le choix du plateau est donc au cœur des polémiques, notamment par le fait, comme nous l’avons vu, qu’on ait invité Robert Bertrand à la place de Mme Lafay qui s’exprime d’ailleurs à ce sujet dans la presse : « Votre procédé me paraît bien cavalier. Après avoir sollicité ma participation à votre émission Ciel mon mardi vous me récusez au dernier moment pour ma sécurité direz vous…Vous me confirmez dans l’opinion que les honnêtes gens ont tout à redouter et les terroristes n’ont rien à craindre » [4]. Mais, le scandale éclate surtout avec la diffusion d’une interview du FLNC. Ceux-ci semblent quant à eux, satisfaits de la tribune qui leur est offerte : « D’abord parce que votre émission a une bonne audience (nous vous en félicitons d’ailleurs) et qu’il est important pour nous de manifester auprès du peuple français ce que nous représentons réellement au-delà des clichés traditionnels qui sont faits sur le mouvement nationaliste corse en général et le FLNC en particulier. Il faut qu’enfin, on pose la question de fond de savoir pourquoi nous existons, pourquoi nous agissons et ce que nous proposons et nous sommes heureux de pouvoir le faire aujourd’hui. Nous sommes d’autant plus heureux que sur votre plateau il y a des personnages politiques qui représentent d’autres réalités pour la Corse et c’est une manière de dialoguer avec eux » [5].

Ce qui suscite en premier lieu, la colère de certains politiques, c’est outre la présence de nombre de nationalistes, le fait que Mme Lafay n’ait pu représenter son mari. François Giacobbi fait savoir par le biais de la presse à Christophe Dechavanne ces raisons là : « J’apprends, par les journaux, la diffusion de votre émission " Info Spectacle " consacrée notamment à la Corse. Je tiens à vous exprimer ma surprise et mon indignation. Primo : ma surprise devant la liste des participants pratiquement à sens unique en faveur des séparatistes. Secundo : devant votre refus de recevoir Mme Lafay, veuve du docteur Lafay lâchement assassiné il y a quelques années. En conséquence, cela suffit à ôter tout objectivité à votre émission » [6].

Conséquence de ce mécontentement : Paul Giacobbi, conseiller régional et maire de Venaco, fils du sénateur qui avait été annoncé parmi les personnalités corses présentes sur le plateau retire sa participation. Il s’en explique dans un communiqué : « Invité à participer à l’émission  Ciel mon mardi  du 31 janvier 1990 consacrée à la Corse, j’apprends aujourd’hui : « que Mme Lafay, veuve du Docteur Lafay odieusement assassiné à la sortie d’une émission de télévision où il avait osé parler au nom des victimes du terrorisme, s’était vu refuser le droit de s’exprimer ;

- qu’en revanche, la quasi-totalité des participants représentent ceux qui pratiquent la violence la plus sanglante, voire la plus meurtrière et ceux qui la soutiennent ;

- que les partis politiques qui, toutes tendances confondues représentent, face au mouvement nationaliste, plus de 90% des suffrages exprimés ne figuraient pas au nombre des invités, à l’exception d’un seul ;

- qu’enfin, un long message du FLNC serait passé à l’antenne, faisant de cette organisation l’invitée  d’honneur de l’émission.

Je ne peux, dans ces conditions, participer et servir de caution à une émission manifestement destinée à donner une image déformée de la réalité, en privilégiant la violence et le terrorisme, au détriment des victimes et des artisans de paix et masquant la vérité souvent sordide, de certaines affaires où l’extorsion de fonds joue un rôle essentiel, sous un discours pseudo politique et idéaliste » [7].

L’invité d’honneur de cette émission est ainsi le nationaliste Alain Orsoni, qui avait perdu son frère Guy assassiné en 1983. Son enterrement « à l’irlandaise » en présence d’hommes cagoulés et armés, retransmis par FR3 Corse avait causé des soucis à l’antenne en raison de la présence trop importante des nationalistes à l’antenne. L’invité est donc extrêmement polémique. Il est en effet considéré comme un « des chefs du FLNC ». Outre, les réactions de la famille Giacobbi, le collectif des maires qu’anime le député Pierre Pasquini a, quant à lui, adressé à M. Patrick Le Lay président de TF1 la lettre suivante : « Après la récente et désastreuse émission de votre collaborateur M. Dechavanne sur la Belgique et les Belges, nous ne pouvons que nous alarmer, pour l’opinion française, de l’émission programmée ce soir sur la Corse qui pourra donner à nos compatriotes de l’hexagone une idée totalement fausse de ce que souhaitent les femmes et les hommes qui l’habitent, une idée en tous cas aussi fausse et ridicule que celle que M. Dechavanne a offerte aux Français sur les Belges.Nous récusons à l’avance les conclusions éventuelles d’une émission à laquelle sont conviés les représentants des mouvements indépendantistes et anti-français. Certains animateurs de télévision devraient se souvenir qu’ils sont payés par des deniers publics et se garder d’aborder des problèmes qu’ils n’assument pas et, pour lesquels ils demeureront des irresponsables même si comme M. Dechavanne, ils sont allés quelques fois en Corse » [8].

Ce courrier souligne encore une fois cette peur de l’incompréhension par les téléspectateurs extérieurs de la réalité corse.Paradoxalement, par rapport aux politiques opposés aux nationalistes, les téléspectateurs sont plus nuancés. Certains téléspectateurs ont apprécié ce débat contradictoire : « Jean Comiti, avocat : " J’ai été agréablement surpris par la haute tenue de ce débat. Par rapport à celui qui avait été organisé par Claude Sérillon, c’est une réussite. On a constaté qu’il fallait se mettre à table, pour discuter " » [9]. D’autres sont gênés par la mise en scène de bords politiques opposés tels que la CFR et les nationalistes : « Jean Versini, médecin : " Le débat contradictoire n’est pas la façon idéale pour expliquer une situation. Opposer la CFR et le FLNC, n’était pas chose simple " ». Ou encore : « Jean, serveur au Palace : " Le problème est que les discussions vont s’arrêter, les actes ne vont pas suivre. Et puis, il y a aussi cette volonté de faire du spectacle " » [10]. Quant au rédacteur en chef de FR3, Jacques Bastianesi, cette émission est loin d’être parfaite mais : « elle a eu le mérite de faire connaître aux téléspectateurs, qui étaient très certainement nombreux, le problème corse » [11].

A partir des années 1990, l’ « info-spectacle » semble s’installer à la télévision nationale pour traiter des « problèmes corses », l’enjeu sur l’image se fait plus important.

[1] « Ciel mon mardi fait des vagues »,La Corse-le Provençal, le 31/01/1990.

[2] Idem.

[3] « Comment les Corses jugent  Ciel mon mardi ! »,La Corse-le Provençal, le 01/02/1990.

[4] Idem.

[5] « Pas question de suspendre la trêve »,La Corse-le Provençal, le 31/01/1990.

[6] Idem.

[7] Idem.

[8] « Comment les Corses jugent  Ciel mon mardi ! »,La Corse-le Provençal, le01/02/1990.

[9] Idem.

[10] Idem.

[11] Idem.

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