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Tribut de la Corse à la Grande Guerre

Dernière mise à jour de cette page le 04/04/2016

Rencontre avec Petru D’Orazio, professeur d’histoire et responsable du Service Educatif des Archives de La Corse-du-Sud.

Quel a été le tribut de la Corse à la Grande Guerre ?

La Guerre 1914-1918 fut, sur le plan humain, une immense catastrophe : environ 9 millions de jeunes hommes laissèrent leur vie sur les champs de bataille. En France, 263 nécropoles nationales rassemblent 729 000 corps, dont 244 000 en ossuaires. A ces morts il faut associer les soldats revenus du front, blessés (« Le Gueules cassées ») ou handicapés (mutilés, gazés). La France mobilisa près de 8,4 millions d’hommes entre 1914 et 1918 dont 1,4 millions furent tués. Pour la Corse, une fois passé l’enthousiasme de la victoire, l’heure est au recueillement : le résultat le plus tangible du conflit qui s’achève, c’est d’abord l’hécatombe humaine et le sacrifice d’une génération. On ne connaît pas avec exactitude le nombre des Corses tués au combat : le chiffre de 48 000 figurant sur la stèle de le Terre Sacrée à Ajaccio évoquait les mobilisés. Les pertes avancées (« 48 000 ») ont, en fait, valeur d’interrogation et d’interpellation par rapport à l’inquiétude du retard économique, alors, patent de l’île.

Quelles sont les raisons d’un aussi lourd tribut ?

Les pertes par rapport aux populations totales, corses et françaises, donnent une moyenne supérieure des pertes de la Corse, mais c’est surtout rapporté au nombre de combattants que les écartes sont significatifs. Pour la France entière, on s'accorde à estimer globalement à 28% de pertes pour le chiffre total des combattants et 16,8% de pertes pour le chiffre total des mobilisés.

- 20 % de pertes pour les générations nées entre 1887 et 1895
- 30 % de disparitions pour les hommes de 1894 (20 ans en 1914 !)

Pour la Corse, il semble admis de situer ces pertes aux environs de 12000 hommes, chiffre d’ailleurs énorme (24% de pertes sur 50 000 mobilisés). En tous les cas un pourcentage très supérieur à la moyenne nationale de 16 %. La population de la Corse ? Environ 260 000 habitants dont 10 000 étrangers. Les mobilisés, en respectant le pourcentage moyen national de 20 %, seraient 50 000. En fait les Corses ont eu plus de tués parce qu’il avaient, comme les hommes de toutes les zones rurales, des caractéristiques qui augmentaient les risques : plus d’engagés, donc de gradés, et plus de soldats de l’infanterie. Mais comme beaucoup d’insulaires faisaient donc carrière hors de l’île, on ne peut indiquer exactement le nombre d’hommes mobilisé entre 1914 et 1918. Donc plusieurs raisons expliquent ce lourd tribut payé par la Corse ; nous retiendrons en particulier :

- le nombre important de militaires de carrière d’origine insulaire, encadrant les régiments (coloniaux, lesquels ont souvent combattu en première ligne).
- le fort pourcentage de ruraux mobilisés en Corse, et qui ont été versés dans l’infanterie, corps le plus exposé.

Y a-t-il eu un traitement particulier pour les Corses ?

Sans chercher à invoquer des abaissements d’âge, thèmes souvent objets de polémiques, d’appel sous les drapeaux ou de prolongement (entre 17 et 48 ans ?) on peut rappeler que l’on fit appel aux classes les plus anciennes. La mobilisation toucha les hommes jusqu’à 48 ans, ce qui n’alla pas sans protestations ; en effet certains âgés de 46 à 48 ans et pères de familles nombreuses (8 à 10 enfants) bien que faisant partie de la réserve de l’armée territoriale furent tout de même envoyés au feu ! Par exemple, le cas d’un Soldat Poggi, tué à 56 ans en 1914 (Témoignages FR3 Corsica, « A Corsica in a Prima Guerra mundiale », Octobre- Novembre 1998). Un de nos derniers Poilus Corses, André Turchini, mort à 107 ans en mai 2001, avait raconté dans un article de Corse-Matin daté du 12 janvier 2000, qu’il avait été mobilisé en même temps que son père alors père de huit enfants !

- le nombre d’engagés volontaires : 1915 (283), 1916 (408), 1917 (572), 1918 (482), 5 % de l’effectif militaire fourni par la Corse. On refusera certains hommes âgés !

La variation des chiffres ?

Avec le travail réalisé par le regretté Médecin-général Pascal-Pierre Santini sur les pertes de la ville d’Ajaccio, on peut apprécier certaines de ces variations et on peut les comprendre, à l’échelle de l’île, en retenant l’exemple ajaccien : moins de 2 % de pertes par rapport à la population globale d’Ajaccio, contre jusqu’à 6,5 % dans certains villages. Les explications ne sont pas simples, relevées pour la plupart dans un premier travail, sur cette guerre, dans la plaquette « La Corse et les Corses pendant la première guerre mondiale » (Service Educatif des Archives Départementales de la Corse du Sud CRDP - 1982). On peut tout aussi bien évoquer la non-comptabilisation, l’élément psychosociologique, « ceux des villes plus débrouillards pour se planquer », les différences de densité de population dans l’île, un trait spécifique « les conscrits maritimes donc habitants du littoral appelés à servir dans la marine, là où il y avait peu de pertes… ».

La litanie des noms inscrits sur les monuments de la Corse rend-t-elle compte des pertes de la guerre ?

L’étude des monuments ne nous apprend rien de bien exact, car on a inscrit sur leurs plaques, non seulement les morts originaires du village, mais aussi les victimes de guerre, c'est-à-dire les hommes décédés après la guerre des suites de celle-ci et souvent bien longtemps après.

- le livre d’or des Corses tombés pendant la Guerre : sur la liste par commune, les chiffres varient de 10 000 à 15 000 pertes, et en pourcentage de 3,8 % à 5,7 % contre 3,4% pour l’ensemble de la France.
- sur les plaques des églises, en plus des hommes résidant au village, avant la guerre et ayant trouvé la mort pendant celle-ci, ont été inscrits les gens originaires du village : fils, cousins, … partis depuis longtemps.

Quelles ont été les conséquences pour la Corse ?

Un bilan très lourd : 50 000 mobilisés, 10 000 à 12 000 morts, 20 000 à 25 000 blessés. Au lendemain de la guerre, le nombre des orphelins, des veuves, des invalides donne la mesure de la tragédie qui touche un très grand nombre de familles. En l’espace de dix ans, de 1911 à 1921, la Corse a vu sa population baisser de 22 000 unités pour se retrouver avec 245 000 habitants, dont 10 000 étrangers. Au-delà du facteur humain et affectif, la Grande Guerre eût pour la Corse des effets économiques profonds et durables. En décimant une génération d’hommes jeunes, elle la priva des forces dynamiques indispensables au ressaisissement de son économie et accéléra le processus de déclin dans lequel la Corse était engagée. Elle intensifia l’exode de l’intérieur de l’île. Pour les Anciens Combattants, le retour à la vie civile n’est pas facile après 4 ans et demi de vie entre parenthèses, pour les nombreux ruraux mobilisés le retour à la terre n’est pas forcément très prisé. Après leur démobilisation beaucoup de ruraux ne retournèrent pas aux travaux agricoles ; sensibles à l’attrait de la vie citadine, ils furent nombreux à opter pour des emplois administratifs en France continentale ou aux colonies. Ce courant d’émigration, antérieur, il est vrai, à 1914 fut amplifié par la guerre.

Fin des épreuves pour la Corse ?

Malheureusement non ! Le remarquable « Petit dictionnaire de la Grande Guerre en Corse » de Jean-Raphaël Cervoni (Service Educatif Archives de Haute-Corse) nous évoque la terrible pandémie dite « Grippe espagnole » qui frappa le monde dans les années 1918-1919. Le journal Corse-Matin du 25 octobre 2005 relatait l’édifiant travail de l’historien Jean-Baptiste Torre à ce sujet. La Corse fut touchée de mai 1918 à janvier 1919 et le chiffre de 5000 victimes paraît probant. Pourtant un tel désastre est encore aujourd’hui largement ignoré. Peut-être comme le suggère Jean-Baptiste Torre, les gens ont-ils préféré oublier ?

Le dernier poilu corse ?

Comme l’a dit fort justement un des lecteurs, Ange Gandolfo, dans La Corse Votre Hebdo du 05 novembre 2004, il est incroyable que le dernier poilu corse, Joseph Mondoloni, soit mort à 108 ans sans avoir jamais reçu la légion d’honneur, « parce qu’il n’avait pas pu rejoindre son régiment », à cause d’un retard maritime et avait été « porté déserteur » ! Il aura fait toute la guerre et sera un résistant lors de la Seconde. On peut légitimement se poser la question par rapport à certaines médailles octroyées !

L’engagement des Corses à ce conflit ?

Comme le dit excellemment l’historien Sébastien Ottavi dans le Corse-Matin du 10 novembre 2007, il est « temps de dresser un tableau plus nuancé de la participation des Corses à ce conflit » et de lever certains mythes. Nul doute que la nouvelle historiographie y aidera !

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3 commentaire(s)

Pèlerinage en Alsace pour familles Poilus Corse

Il existe un projet de créer un pèlerinage en Alsace( et en Artois-Somme) à l'attention des familles de Poilus Corse morts ou ayant combattu sur les champs de bataille des deux régions. Les pré-inscriptions sont d'ores et déjà ouvertes sur le site http://monumentmorts.corse.free.fr Voir aussi le site dédié au voyage en Alsace : http://1418-poilus-corses-alsace.webnode.fr

Violini, le 07/03/2017

Le centenaire et les corses. Artois, Belgique, Somme.

https://www.facebook.com/lescorsesayantcombattuen1418danslenord/?ref=notif&notif_t=page_fan&notif_id=1463598545519972

Antoine Galloni d'Istria, le 18/05/2016

Le Centenaire et les Corses. Artois/Belgique/Somme.

https://www.facebook.com/lescorsesayantcombattuen1418danslenord/?ref=notif&notif_t=page_fan&notif_id=1463598545519972C - LE CENTENAIRE ET LES CORSES. ARTOIS/BELGIQUE/SOMME.

Antoine Galloni d'Istria, le 18/05/2016